revue de presse

La première contamination par Ebola en Europe secoue la presse

L’infirmière qui a attrapé le virus en Espagne après avoir soigné un patient rapatrié à Madrid fait la une de la presse. Les experts que les médias interrogent restent pourtant confiants, l’Europe reste à l’abri du risque d’épidémie

«C’est elle qui a insisté pour se faire tester, après trois jours de fièvre», raconte El Mundo. Mais comment l’aide-soignante qui n’est entrée que deux fois dans la chambre de confinement, a-t-elle pu être contaminée? «Le traitement hospitalier des patients atteints de l’Ebola suit des protocoles de sécurité bien établis et le virus ne peut normalement pas passer les barrières de confinement», continue El Pais, qui comme toute la presse espagnole, fait sa Une sur un «plan d’urgence à Madrid».

«Les patients sont isolés dans une pièce, et les personnels de santé ont des doubles gants, des protections sur les yeux, une combinaison, un masque… Aucune partie du corps n’est à l’air. En théorie, toutes ces mesures étaient en vigueur à l’hôpital Carlos III de Madrid, où les deux missionnaires infectés par le virus Ebola ont été soignés. Donc que s’est-il passé?»

La question posée par El Pais ce matin se retrouve dans tous les journaux. C’est la première contamination hors d’Afrique qui soit connue. «Les associations médicales et syndicats avaient mis en garde sur les risques», rappelle aussi le journal. Pourtant «pas besoin d’un très grand hôpital pour traiter les cas d’Ebola», rappelle toujours dans El Pais un professeur conseiller de l’OMS, qui rappelle que le taux d’infectiosité d’Ebola est inférieur à celle du VIH et du SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère.

Ce sont les liquides corporels qui disséminent le virus, on le sait. «Les experts pensent que le plus grand risque intervient au moment où le personnel retire son équipement spécial, écrit le New York Times, car cela demande de l’entraînement et de la pratique». «Les infections du personnel soignant sont une des caractéristiques inquiétantes de l’épidémie», selon l’OMS citée par le journal, qui rappelle qu’au 1er octobre, 382 travailleurs sanitaires ont contracté la maladie en Afrique de l’ouest, dont 216 sont morts. Un collaborateur de Médecins sans frontières contaminé en Sierra Leone a d’ailleurs été rapatrié en Norvège dimanche, écrit The Wall Street Journal, MSF qui paye un lourd tribut à la maladie en comptant dans ses rangs 18 personnes infectées dont 10 sont mortes. (sur 7470 cas déclarés dont 3431 décès, selon le dernier bulletin de l’OMS datant du 3 octobre).

Cinquante personnes sont actuellement sous surveillance au Texas explique le Huffington Post après qu’un homme récemment revenu du Liberia a été diagnostiqué porteur de l’Ebola, le premier cas aux Etats-Unis. «Le problème est que les premiers symptômes comme la fièvre ne sont pas spécifiques». Même un test absolu comme celui de la PCR (Polymerase chain reaction) peut rester négatif pendant trois jours pour une personne infectée. Selon les protocoles utilisés, de trois à cinq jours peuvent être nécessaires pour poser un diagnostic. «Y soumettre toutes les personnes revenant d’Afrique avec de la fièvre épuiserait vite les ressources des hôpitaux et créerait une panique pas nécessaire, selon un spécialiste des maladies infectieuses, cela ne ferait aucun sens de tester des personnes qui ne viennent pas de zones à haut risque». Newsweek propose le témoignage saisissant d’un médecin libérien tombé malade lui-même alors que son collègue avait été soumis à des tests; des tests qui se vont avérés des faux négatifs… Le malade de Dallas arrivant du Liberia avait été renvoyé chez lui après un mauvais diagnostic, rappelle Radio France Internationale, qui revient sur la réunion de crise que Barack Obama a tenue la nuit dernière: «Les chances d’apparition d’une épidémie, ici, sont extrêmement faibles», a déclaré le président américain.

Cette crainte d’épidémie traverse pourtant la presse. «Ebola est loin d’être aussi contagieux que la rougeole», veut rassurer Slate, qui cite l’étude de NPR sur le taux de reproduction de base, qu’on appelle R0. «Malgré sa mauvaise réputation, le taux de reproduction d’Ebola n’est pas si impressionnant, navigant entre 1,5 et 2 (contre 18 pour la rougeole), explique la radio publique américaine, qui se veut très pédagogique. «Oui vous pouvez penser que ces deux personnes infectées vont chacune infecter à leur tour deux personnes qui à leur tour… Mais c’est peu probable que cela arrive dans un pays disposant d’un bon système de soins, car les personnes infectées ne sont contagieuses qu’une fois qu’elles ont développé des symptômes. Donc pour se débarrasser du virus il suffit de mettre à l’isolement toutes les personnes qui ont pu être en contact avec les fluides corporels d’un patient déjà traité». Il suffit, en effet… C’est pour cette raison qu’en banlieue parisienne hier matin, trois parents ont refusé de laisser leur enfant à l’école, en raison du retour dans l’établissement d’une fratrie de retour de Guinée, un des pays les plus touchés par l’épidémie – une vidéo à consulter sur le site du Parisien.

Mais pas de psychose. La presse tente ainsi de contextualiser l’étude qui a beaucoup circulé ces derniers jours sur les réseaux sociaux, qui mesurait les risques par pays de connaître des cas d’Ebola. La Suisse n’apparaissait pas parmi les 10 premiers pays susceptibles d’être touchés, au contraire du Royaume-Uni, de la Belgique et de la France, trois pays qui ont de très nombreuses relations avec le continent africain. La France aurait 75% de risques d’être touchée par Ebola d’ici vingt jours, selon une modélisation de l’épidémie fondée sur le trafic aérien, citée par l’agence Reuters par exemple. Mais attention. Ces projections sont fondées sur les données connues de propagation du virus et sur l’hypothèse d’un trafic aérien inchangé. Or les vols à destination et en provenance des pays touchés par l’épidémie ont été réduits de 80%, rappelle Le Monde, qui a interrogé un mathématicien spécialiste de la modélisation. Conclusion: il faut faire attention aux prédictions catastrophistes à très long terme. Le Figaro revient aussi sur cette étude avec Alessandro Vespignani, son auteur «Depuis début septembre, la probabilité de voir un cas apparaître dans les pays ayant des liens forts avec l’Afrique de l’Ouest, comme la France ou la Belgique, augmente constamment, explique le chercheur, pour qui «Un palier important a été franchi il y a un mois. Et lisez bien ceci: «Le risque était alors plus bas, de l’ordre de 5%, et nous pensions que la communauté internationale s’investirait pour vaincre la maladie dans les pays touchés. Mais ça n’a pas été le cas, ou insuffisamment, et comme nous l’avions prédit, on vient de recenser le premier cas exporté». «Comme nous l’avions prédit»… Le risque serait actuellement donc de 20%.

Allez, tout de même, si l’inquiétude gagne les réseaux sociaux (ce mardi, un hashtag #EbolaEnFranceLe24Octobre a même le vent en poupe!) certains gardent la tête froide

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