Opinion

La première messe catholique romaine à Saint-Pierre depuis 1536, une «genferei» pour l’Evangile

OPINION. Le 29 février prochain se célébrera la 1re messe catholique romaine à Saint-Pierre, depuis l’instauration de la Réforme choisie par le peuple de Genève en 1536, écrit Michel Kocher, journaliste et directeur de Médias-pro. Qu’est-ce que cela signifie?

Le 29 février prochain se célébrera la première messe catholique romaine à Saint-Pierre, depuis l’instauration de la Réforme choisie par le peuple de Genève en 1536. Comment lire cette nouvelle, perdue dans les narrations d’un christianisme occidental en déclin, d’un protestantisme essoufflé et d’un catholicisme empêtré dans ses contradictions morales? Contrairement à une analyse superficielle, cet événement est porteur d’une symbolique forte, qui peut venir nourrir de nouveaux récits. Une forme de genferei pour l’Evangile.

Une messe et non un culte

A première vue, le geste bienvenu des protestants genevois est un passage sur le terrain symbolique catholique, celui de la messe. Car c’est bien une messe, et non un culte, qui est célébrée dans la cathédrale, bastion du calvinisme historique, comme si le retour de la messe en ce lieu était une avancée en soi. La vraie avancée est ailleurs, pour autant que le message soit clair de la part des catholiques genevois. C’est le fait que les protestants soient invités à prendre l’eucharistie, une première qui serait à mettre au crédit de l’esprit du bout du lac, l’équivalent n’étant pas de mise à Lausanne où la cathédrale est aussi accessible aux catholiques mais pour une messe à laquelle ils ne sont pas invités à communier.

Les protestants sont invités à prendre l’eucharistie, une première qui serait à mettre au crédit de l’esprit du bout du lac, l’équivalent n’étant pas de mise à Lausanne

Une deuxième lecture fait ressortir un autre terrain symbolique de facture théologique protestante. La messe sera présidée par le vicaire épiscopal et non l’évêque lui-même. Proposer une célébration sacramentelle qui invite tous les chrétiens dans une cathédrale, non pas autour de la présidence épiscopale (l’évêque diocésain, ministre de l’unité en catholicisme) mais autour d’une hospitalité ouverte et sans calcul, d’inspiration locale, c’est placer l’unité et la fraternité dans le cadre de l’Evangile, autrement dit d’une parole qui fait passer l’événement de la rencontre avant les repères institutionnels et dogmatiques usuels. L’évocation d’une prochaine invitation des protestants à célébrer un culte à Notre-Dame fait entrevoir les potentiels de changement pour les deux communautés.

Lourd héritage

Genève ville épiscopale contre Genève «Rome protestante». C’est un héritage lourd, qui a pesé sur la vie de chacune des communautés et sur leurs capacités à rendre un témoignage commun dans la cité. Les récentes votations sur la laïcité qui ont vu les deux Eglises travailler main dans la main, la visite du pape au Conseil œcuménique, la messe de février prochain, autant de signaux porteurs d’une dynamique nouvelle, à la hauteur de la vocation internationale et spirituelle de la Cité de Calvin.


Michel Kocher est journaliste, directeur de Médias-pro.


Correction. L'illustration de cet article a été modifiée. La photographie publiée précédemment montrait l'intérieur de la cathédrale de Lausanne.

Publicité