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Première sortie, instant de vertige

Neuf mois après l'annonce de la fusion entre le Journal de Genève et Gazette de Lausanne et Le Nouveau Quotidien, Le Temps sort des limbes. Le voici pour la première fois devant vous, portant ses habits neufs.

Notre émotion est immense, notre anxiété ne l'est pas moins. A l'heure de gagner l'imprimerie pour voir enfin les rotatives tourner et cracher des dizaines de millers d'exemplaires, le sentiment du journaliste est proche de celui du marin qui voit son futur vaisseau glisser des cales sèches jusqu'à la mer. Après le chantier et l'immobilisation, le mouvement se dessine et s'accélère pour devenir irréversible. Un instant de vertige, quand tout bascule soudain vers la réalité.

C'est un jour de bonheur et de chance pour tout l'équipage. En cette fin de siècle, dominée par les médias virtuels et électroniques, le lancement d'un quotidien reste une fabuleuse aventure. Car un journal ne sera jamais une pure addition d'articles et d'informations.

Un journal est un tout, une unité, un univers cohérent dans lequel chaque lecteur a ses propres habitudes, ses manies et ses rendez-vous personnels. C'est une relation davantage qu'un produit. Un esprit, en somme.

Quel est donc l'esprit du Temps? Plusieurs lecteurs curieux nous ont demandé selon quels critères et quelles études de marché nous avions défini le «public cible» et les moyens de l'atteindre. La réponse est simple: nous ne nous sommes fiés qu'à notre propre perception de journalistes. Nous n'avons pas tenté de façonner des pages selon les vœux hypothétiques d'un lectorat imaginaire. Ce journal est le fruit de nos sensibilités, le reflet de nos attentes, notre manière d'envisager le tournant du siècle. Il repose sur quelques fortes convictions aussi:

La richesse de l'information ne va pas sans une recherche accrue de sens. Il fut une époque où l'information était rare et devait être traquée. Aujourd'hui, même si cela n'est pas encore vrai dans tous les domaines, elle submerge le citoyen consommateur jusqu'à lui donner le tournis. Les choix opérés par la rédaction gagnent en importance et les hiérarchies entre les sujets deviennent essentielles à la compréhension. Il faut encore et toujours rechercher et vérifier l'information. Mais désormais il faut encore la maîtriser. De concert avec Nathalie Baylaucq, la talentueuse graphiste qui a réalisé la maquette du Temps, nous avons donc misé sur un journal sobre et efficace, sur le fond comme dans la forme. Un journal qui permette de distinguer rapidement l'essentiel de l'accessoire, qui indique clairement sur quel mode (faits, analyse, commentaire...) nous nous adressons au lecteur. Ce classicisme ne nous paraît nullement désuet. Il met en lumière nos choix, permettra à chacun de juger de leur crédibilité et souligne ainsi nos responsabilités.

En créant ce nouveau titre, ses promoteurs ont voulu lui donner les moyens d'élargir l'horizon. Même si ses institutions n'en donnent pas des signes tangibles tous les jours, la Suisse de 1998 est un pays qui s'ouvre, un pays qui bouge. En changeant de siècle, notre société change d'échelle. La Suisse et son économie sont soumises à de fortes tensions. La cohésion sociale est mise à mal. Neutralité, fédéralisme, démocratie directe, il n'est plus un élément du «modèle suisse» qui ne soit profondément remis en cause. Le Temps naît sans doute à l'aube d'une période de bouleversements: pour accompagner ce mouvement historique, pour l'observer, pour l'éclairer, nous voulons profiter de l'éventail de compétences que compte cette nouvelle rédaction romande. Mais Le Temps devra faire plus qu'informer ses lecteurs: il tentera de devenir un de leurs interlocuteurs. A cette fin, nous ouvrirons de larges espaces d'intervention et de discussion, dans le journal, mais aussi sur notre site www.letemps.ch.

La subtile alchimie qui lie chaque jour des dizaines de milliers d'abonnés à une rédaction est un magnifique mystère. Elle se construit peu à peu, au fil des numéros et des semaines. Au-delà de la richesse et de la crédibilité de l'information, elle se fonde aussi sur une complicité affective. Ce rôle de compagnon attentif, curieux, drôle, tonique, provoquant parfois, est aussi le nôtre. A cet effet, vous découvrirez toute une palette de signatures, de rubriques et de chroniques originales qui sont autant de couleurs du Temps.

Telles sont nos intentions. Pour les mettre en œuvre, nous ne partons pas de zéro. Ce journal est certes neuf, jeune et plein d'énergie. Mais il possède aussi de solides racines. Il s'appuie sur un passé, une histoire, un patrimoine que nous ne passerons pas par pertes et profits. En regroupant leurs forces, les éditeurs du Nouveau Quotidien et du Journal de Genève et Gazette de Lausanne ont voulu donner toutes ses chances à un journal romand de portée nationale. Le pari n'est pas gagné d'avance, car la Suisse (et la Suisse romande a fortiori) reste un bien petit pays pour faire vivre un quotidien francophone tel que Le Temps. C'est un geste de confiance et d'optimisme. Il nous oblige tout particulièrement et nous les en remercions.

Issus d'un mariage entre deux journaux, nous affirmerons clairement notre identité. Mais nous revendiquons également notre double filiation. Comme à la naissance de tout nouveau-né, la tentation sera présente de chercher sur nos traits quelque ressemblance avec l'un ou l'autre de nos parents. Bon sang ne saurait mentir, nous espérons tirer quelques qualités de cette succession. Peut-être hériterons-nous aussi de certains défauts que nous sommes prêts à assumer fidèlement. Lecteurs, annonceurs, vous en jugerez vous-mêmes en observant notre croissance au fil des mois et des années. Le Temps est très imparfait, nous en sommes bien conscients. Si les attentes à notre égard sont immenses, c'est un motif de fierté, nous aurons toujours besoin de compréhension et de patience. A l'étape du lancement, notre plus haute ambition est de rester dignes de nos lecteurs, comme le furent les titres qui nous ont précédés. Et de mériter jour après jour leur confiance et leur appui.

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© Gabioud Simon (gam)