La manifestation des néo-nazis lors des cérémonies du 1er Août sur la prairie du Rütli est venue opportunément rappeler la montée en puissance des mouvements d'extrême droite, en Suisse comme en Allemagne. Elle a également mis en évidence l'absence de réaction des autorités. Il en faut plus pour agiter les consciences que la présence d'une centaine de militants faisant le salut nazi sur la prairie emblématique de la résistance au nazisme pour agiter les consciences. Adolf Ogi est le seul jusqu'ici à avoir exprimé son dégoût.

Kaspar Villiger, hué durant son allocution patriotique, n'a visiblement pas compris à qui il avait affaire et a réagi avec une candeur tout à fait désarmante venant d'un conseiller fédéral. La police uranaise pour sa part semble avoir montré beaucoup de retenue et bien peu de curiosité face à des manifestants se déplaçant en formation militaire et arborant les insignes d'un mouvement ouvertement violent et raciste. La presse alémanique du dimanche a identifié leur leader en la personne d'un néonazi impliqué dans plusieurs actions violentes et déjà condamné de ce fait.

Plusieurs voix se sont élevées en Suisse alémanique ce week-end pour inviter les autorités politiques à la vigilance. Les mouvements d'extrême droite sont plus puissants et mieux organisés qu'on veut bien le croire et tendent à se radicaliser: le 10 juillet dernier, deux extrémistes n'hésitaient pas à tirer 90 coups de feu contre un campement alternatif, à deux pas du Palais fédéral. Il aura fallu les événements du 1er Août pour que les partis commencent à s'émouvoir. Les démocrates-chrétiens entendent porter ce thème à l'ordre du jour des entretiens des partis gouvernementaux, le 31 août prochain. Ils appellent également le Conseil fédéral à se pencher sur la question. Leur conseillère fédérale se trouve directement interpellée. Ruth Metzler, ministre de la Justice qui a montré en d'autres circonstances beaucoup de résolution, est appelée à prendre les choses en main.

L'Allemagne, en l'occurrence, lui montre le chemin. Le récent attentat meurtrier de Düsseldorf y a mobilisé la classe politique, à l'échelle fédérale comme à celle des Länder. L'exemple de son voisin est pour la Suisse une raison de plus de se mobiliser, avant de perdre le contrôle de la situation.

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