Les tribulations du capitaine escroc des services de renseignements viennent rappeler à point l'esprit de la commission d'enquête parlementaire (CEP) mise sur pied après la découverte de l'armée secrète P-26. Le message qu'elle a délivré en 1990 et que trop peu d'entre nous, sans doute, ont retenu était clair: il fallait, disaient les Sages, empoigner sérieusement le problème des renseignements et le régler au plus vite. Par deux mesures, notamment, qui sont à nouveau évoquées aujourd'hui: la professionnalisation des services secrets et leur retrait partiel ou total de la seule sphère militaire. Faute de quoi, disaient les experts, la bombe exploserait à répétition.

De sorte qu'un puissant sentiment de déjà vu vient aujourd'hui tarauder les esprits. L'impression de revenir, une décennie après l'affaire des fiches, à la case départ. Il y a comme un air connu, également, dans les exigences qui sont exprimées par les responsables politiques. Il est temps de réformer les services secrets, de les liquider même, avancent certains. Est-il raisonnable, à ce stade, d'exiger la réforme complète d'un système parce qu'un mouton noir a chipé dans la caisse, fût-ce des sommes monumentales, fût-ce pendant des années? Est-il légitime de réclamer la tête de responsables probablement irréprochables parce qu'ils n'ont pas vu venir l'escroquerie? Il faut certainement attendre les conclusions de l'enquête pour comprendre dans quelle mesure le scandale est imputable aux structures des services secrets. A leurs mécanismes de contrôle ou de recrutement, à leur mentalité, à leur nature.

Une certitude, toutefois, demeure. Dix ans après l'affaire P-26, la Suisse se retrouve avec un scandale considérable qui, une fois encore, vient des services secrets. A l'heure de débattre de l'affaire au sein des deux Chambres, la semaine prochaine, le Parlement devra mesurer sa responsabilité et celle du gouvernement dans l'immense débâcle qu'il doit aujourd'hui assainir. Et il devra bien constater l'immense lenteur, l'incurable désintérêt et la coupable indécision qui ont marqué tous les rapports entre les organes de l'Etat et ses services de renseignements.

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