En avril, Buckingham accueillera une petite Victoria. Enfin, si la progéniture de Meghan et Harry se trouve être une fille… et si l’on se fie aux pronostics des bookmakers britanniques. Qui, à défaut d’être devins, se frottent les mains: les spéculations autour du prénom du futur bébé Windsor leur auraient déjà rapporté 10 millions de livres. Un pactole record.

Si la question passionne le pays, c’est sûrement parce qu’il attend le jeune couple au tournant. Après un mariage considéré comme atypique, il pourrait bien nous surprendre de nouveau – quoique, avec Victoria, déjà recensé neuf fois dans l’arbre royal, c’est mal parti.

Une angoisse très «millenials»

Pour éprouver cette fièvre, pas besoin d’être né outre-Manche. Il suffit d’approcher la trentaine et de recevoir, parmi son lot de faire-part, les premières annonces de grossesse de son entourage. Une fois le coup de vieux encaissé, on adore cuisiner les parents sur la question du prénom. C’est que le choix n’a jamais été aussi complexe.

L’époque où l’éventail se limitait aux saints du calendrier étant largement révolue, les parents font aujourd’hui face à une galaxie vertigineuse de possibilités. En plus des blogs et vidéos consacrés, il suffit désormais de taper un prénom et son patronyme dans Google pour découvrir de potentiels homonymes. Sans compter ce besoin très contemporain, très «millennials», d’exprimer son individualité. Comment faire en sorte que mon enfant soit unique, qu’il reflète qui je suis?

Chou et Kiwi

Afin de s’en assurer, les parents redoublent d’inventivité, s’inspirant de langues étrangères ou de tendances actuelles. Aux Etats-Unis, où les aliments sains ont la cote, on voit naître ainsi des ribambelles de Kiwi, Apple et Kale. Oui, comme le chou.

Plus près de nous, la société bernoise Erfolgswelle vous propose de concocter un prénom exclusif moyennant la modique somme de 28 000 francs. Et pour ceux qui voudraient affirmer leur individualité sans se ruiner, il y a toujours la possibilité de changer une lettre ou deux – ou comment Célia devient Selyah. Histoire de s’assurer que son gamin se distingue – et qu’il épelle son prénom toutes les cinq minutes.

Sur le même sujet: Un prénom pour la vie

Si la décision reste personnelle, cette course à l’originalité, qui dit l’angoisse d’une génération cherchant sa place, frise le ridicule. D’autant qu’un prénom populaire ne fait pas un être banal. Au contraire, il ne tient qu’aux Laura et Julien de se démarquer – ou de se dégotter un surnom affectueux qu’ils chériront tout autant. Sans oublier l’avantage ultime d’un prénom classique: le retrouver à tous les coups sur les tasses souvenirs. Un problème que le poupon royal ne connaîtra vraisemblablement jamais.


Chronique précédente:

Amour et téléréalité, un cocktail sucré

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.