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Son prénom, c'est Romy

CHRONIQUE. L’actrice autrichienne aurait eu 80 ans ce dimanche. Elle est décédée à 43 ans, des suites d’une vie tragique, elle que l'on continuera, toujours, d'appeler par son prénom

Elle aurait 80 ans ce week-end. Mais une vie chaotique, tragique, en a décidé autrement, comme on dit. Romy Schneider est décédée le 29 mai 1982, elle n’avait que 43 ans. Sur la table de nuit de son appartement parisien, des médicaments et de l’alcool. La presse a parlé d’une mort volontaire, forcément, a évoqué le destin d’une star aimée mais profondément seule, aux amours contrariées. Or l’actrice autrichienne, l’enquête le dira rapidement, ne s’est pas suicidée. Elle est morte des excès liés à cette vie tragique, chaotique. Aux lumières du grand écran répondaient les ténèbres d’une vie privée jamais pleinement accomplie.

Romy Schneider aurait eu 80 ans ce 23 septembre. Que serait-elle devenue si elle avait survécu? Aurait-elle tourné le dos au cinéma, comme Brigitte Bardot? Ou aurait-elle connu un destin à la Jeanne Moreau et Catherine Deneuve? J’opterais pour la seconde solution. Car celle qui n’arriva jamais à se débarrasser de l’encombrante étiquette de Sissi, cette impératrice qu’elle interpréta à trois reprises avant de refuser une nouvelle série de films, ce que le public allemand ne lui pardonnera jamais, avait viscéralement besoin du cinéma pour s’inventer d’autres vies.

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Son ultime film, La passante du Sans-Souci, qu’elle a tout fait pour mener à bien, lui aura d’une certaine manière permis d’exorciser une blessure d’enfance, celle d’une mère bien trop proche du régime nazi et de ses hauts dignitaires. Auparavant, à partir du moment où elle refusa de redevenir Sissi, elle fut sublimée par René Clément, Alain Cavalier, Jacques Deray et bien sûr Claude Sautet, avec qui elle tournera à cinq reprises. Elle a aussi été dirigée par Siodmak, Welles, Preminger, Visconti, Zulawski et Chabrol. Dans le fond, Sissi n’aura été qu’une anecdote, une porte d’entrée vers le cinéma d’auteur.

Il y a trois semaines, j’ai rencontré à Morges, dans le cadre du Livre sur les quais, le journaliste Bernard Pascuito, auteur de nombreuses biographies. Dont la récente Dernière vie de Romy Schneider, édition revue et augmentée de La double mort de Romy Schneider, parue en 2002. Cette dernière vie, c’est celle qui suivra la disparition accidentelle de son fils David, le 5 juillet 1981. Elle ne s’en remettra jamais et ne lui survivra que d’un peu plus de dix mois. Cette perte a précipité sa fin, mais pour le Français, elle n’aurait de toute manière pas connu une carrière à la Moreau ou Deneuve. Car elle n’était pas douée pour le bonheur, fait partie de ces figures tragiques qu’on sait condamnées à mourir jeunes. Malgré l’amour inconditionnel du public, qui l’appelait Romy. Un prénom pour dire une affection, tandis qu’on n’a jamais dit Jeanne et qu’on ne dira jamais Catherine.


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