Il faut compter qu’on ne pourra pas ravoir 2016 à l’eau de javel, les taches sont trop incrustées. On ne réparera pas le raccordement de la Grande-Bretagne à l’Union européenne, ravagé par un tremblement de terre en juin dernier. Et on n’aura pas un président normal à la tête des Etats-Unis. Des dispositions, par conséquent, s’imposent.

D’abord, l’hygiène. L’année 2017 s’annonçant aussi insalubre que la précédente – pollutions électorales, virus cybernétiques, ingérences empoisonnées – il est recommandé de toujours se laver les mains avant de voter.

Ensuite, la sécurité. Il est demandé de configurer son esprit de telle sorte qu’il résiste aux séismes sans s’effondrer. Le Palais de la réglementation parasismique de la République française indique qu’on ne peut pas empêcher un tremblement de terre d’avoir lieu mais qu’on peut prendre des mesures pour en minimiser les conséquences. (www.planseisme.fr)

C’est dur, je sais.

Passage en revue des tremblements de terre

En 1517, il y a cinq cents ans, Martin Luther faisait exploser sa ceinture de thèses antipapistes devant l’église de Wittenberg. Rome n’avait rien prévu contre pareille secousse.

En 1917, il y a cent ans, l’empire tsariste s’écroulait sous le coup de deux révolutions successives, en février puis en octobre. L’imprudent Nicolas II avait des vues plutôt courtes en matière de sismologie.

L’exemple de Mario Soares

En 1977, il y a quarante ans, la terre finissait de trembler au Portugal. Mario Soares était premier ministre. Il avait défait les forces conjointes du castrisme militaire et du soviétisme. Ce grand homme d’Etat, décédé dimanche, a incarné le dernier tiers «occidental» du XXe siècle qui a vu se généraliser le principe démocratique en Europe et se former une union de vingt-huit pays. Sa vie est le manifeste d’une époque qui avait à en finir avec le colonialisme, le fascisme et le stalinisme. Trois combats étaient à mener: pour la démocratie, la solidarité et l’Europe. Soares les a livrés avec passion, avec éloquence et avec un savoir-faire politique comme en possédaient un François Mitterrand, un Willy Brandt ou un Felipe Gonzalez, ce haut personnel de la social-démocratie européenne aujourd’hui disparu, englouti par le soulèvement furieux d’humeurs hostiles ou insatisfaites. Soares, dans les dernières années, multipliait les avertissements. Lui qui avait épousé les aspirations de son temps, il anticipait tel un sismographe les remous à venir. Ce serait des révoltes contre l’austérité et l’injustice. Il les espérait. «Son radicalisme n’était pas une nostalgie, dit l’un de ses proches. Il pensait qu’à chaque moment historique, une idée forte va prévaloir.»

Trump inaugure la présidence tweet

En 2017, Donald Trump inaugure la présidence tweet et c’est l’«Occident» qui disparaît. Jamais le mot n’est mentionné dans ses messages. Pas plus que celui d’«alliance», d’«alliés», de «valeurs démocratiques», de «droit international» ou même de «paix», tous ces noms qui dessinaient le paysage géopolitique de référence jusqu’en 2016. L’Amérique «great again» se présente comme une île flottante dont le commandant envoie des signaux erratiques à des copains par-ci par-là, copains d’un jour, pas forcément de toujours, copains de fortune utiles à ébranler monde plutôt qu’à le construire.

Le XXIe siècle ne sera pas le XXe

De son îlot détaché du continent, Teresa May lui lance des hello de famille, histoire de rappeler qu’une solidarité anglo-saxonne est ce qui devrait rester quand les autres ponts sont coupés. Est-elle entendue? La «relation spéciale» tient-elle en 140 signes? Les tweets iconoclastes de Trump annoncent une diplomatie de rupture. Le XXIe siècle ne sera pas comme le XXe.

Ne pas paniquer cependant. Chvéïk observe que plus l’ennemi tire contre toi, plus il perd ses réserves de munitions. Le brave soldat est idiot, bien sûr, mais au milieu de tous les idiots, il est le seul à savoir qu’il l’est, et comment il faut l’être. Un idiot éclairé n’est pas moins qu’un prophète. Il a sa place dans le kit anti sismique.

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