Editorial

Un thème hors agenda

Les femmes ont connu leurs heures de gloire. En 2010, elles sont trois à se retrouver à la tête de l’Etat fédéral. Pascale Bruderer préside le Conseil national, Erika Forster le Conseil des Etats et Doris Leuthard le Conseil fédéral. Mieux: à l’automne de cette même année et jusqu’au renouvellement du gouvernement après les élections fédérales de 2011, la Suisse compte quatre conseillères fédérales. Une majorité féminine qui fait la fierté du pays et signera la décision historique de sortir du nucléaire.

Mais les deux événements cachent une réalité nettement moins rose. Cet automne, plusieurs figures de la présence féminine à Berne quitteront la politique active. Maria Bernasconi, Christine Egerszegi, Verena Diener, Lucrezia Meier-Schatz, pour ne citer qu’elles, ne se représentent pas. Au Conseil des Etats, il y aura immanquablement moins de femmes durant la prochaine législature. Et les observatrices s’inquiètent déjà d’une éventuelle baisse du nombre de femmes au Conseil national.

Les électeurs peuvent limiter la casse. Il n’empêche que les premiers responsables de cette situation sont les partis eux-mêmes, à droite surtout. Il n’y a qu’à voir les affiches qui commencent à fleurir pour remarquer qu’à quelques exceptions près, les partis bourgeois se fichent comme de leur première chemise de la présence féminine sur les listes principales. En 2015, il ne suffit pas de placer Madame au centre de l’image pour montrer qu’on se soucie d’égalité.

Après une réjouissante augmentation dans les années 90, la part des femmes stagne aussi dans la plupart des exécutifs et législatifs cantonaux. Pire, deux cantons, Lucerne et le Tessin, n’ont plus de conseillères d’Etat. Ce qui ne semble émouvoir à peu près personne, le thème ayant été chassé des agendas. Les concernées elles-mêmes ont baissé la garde et rangé les t-shirts fuchsia après les grandes manifestations pour l’égalité du 14 juin 1991.

«Une femme en plus, c’est surtout un homme en moins», ironisait récemment une politicienne. Si cet état d’esprit est vraiment d’actualité, il est temps de s’en soucier.