Le mois de janvier est souvent celui des grands nettoyages, des bonnes résolutions et des serpents de mer qui reviennent avec la précision de rendez-vous astronomiques. Parmi ceux-ci, un grand classique auquel nous a rendus attentif, sur Facebook, rien de moins que la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), en France.

Début de la mise en garde: «Chaque année il revient! Et chaque année, nous rappelons que ce type de message n’a aucune valeur juridique et ne garantit en rien la protection de vos données, de vos créations, de vos photos publiées sur Facebook. Il ne sert donc à rien de le partager sur votre mur.»

Comme la mythique chaîne de Saint-Antoine

Et que dit ce message qu’il ne sert à rien de propager, de copier, de coller, et que des amis bienveillants et précautionneux vous envoient tout de même sur Facebook? Bon sang, mais c’est bien sûr: «Je ne donne pas à Facebook la permission d’utiliser mes images, informations ou publications, tant du passé comme du futur. Par cette déclaration, je donne mon préavis à Facebook qu’il est strictement interdit de divulguer, copier, distribuer, ou prendre toute autre action contre moi sur la base de ce profil et/ou de son contenu. Le contenu de ce profil est une information privée et confidentielle…» etc., etc.

Quelque chose en somme comme la variante numérique de la mythique chaîne de Saint-Antoine qui a fait les délices des temps glorieux du parchemin, puis des lettres manuscrites sur papier, du papier carbone, et enfin des machines à photocopier – attention citation originale, orthographe déficiente incluse: «On m’a envoyé cette lettre. Je vous l’envoie à mon tour. Cette lettre a été écrite par un missionnaire, elle vient du Venezuela même si vous n’êtes pas croyant faites attention à ce qui suit. M. Bergeron la reçoit en 1953, la recopie comme il est demandé et 9 jours après, il gagne 25 millions à la loterie. M. Paul reçoit également, il oublie de la recopier et perd son emploi…»

L’origine de ces canulars date, nous apprend Wikipédia, du Moyen Age: «Une chaîne de lettres est un courrier […] demandant au destinataire d’en envoyer une copie à chacun de ses proches ou s’il ne l’envoie pas, un «malheur» lui arrivera. Le processus se réitère ainsi de suite et peut se propager loin dans le temps et l’espace géographique, selon un effet boule de neige. C’est le moyen le plus fréquemment utilisé pour favoriser la propagation de canulars.»

La CNIL fait un tabac

Est-il besoin d’ajouter que la mécanisation numérique du courrier, via les e-mails, puis les réseaux sociaux ont donné aux avatars digitaux de la chaîne de Saint-Antoine une postérité amplifiée au maximum?

En témoigne, d’ailleurs, le succès rencontré par la mise en garde de la CNIL qui a été partagée près de 4000 fois sur Facebook et a donné lieu à une nuée de commentaires où l’ironie côtoie la naïveté, la rigolade l’information citoyenne. Preuve s’il en est que Facebook est l’objet de bien des délires transitionnels: on aime à lui tomber dessus, lors même qu’on l’utilise à plus soif.

Des mèmes hilarants

Mais, comme dans tout phénomène de masse, il y a aussi celles et ceux qui se la jouent décalés: ces chaînes de fausses informations et de menaces les amusent et ils en redemandent sur l’air: «Laissez-les faire, c’est tellement rigolo.» Ou qui détournent les messages dans une profusion de hoax plus gros encore. A l’image de celui-ci: «Facebook va devenir payant à partir de février 2080. Si tu te mets à poil avec une plume dans le cul et que tu danses sur la table la Macarena […] David Guetta déguisé en Schtroumpf sonnera à ta porte pour t’annoncer que Facebook sera gratuit pour toi…» On appelle cela un «mème»: tout aussi viral! Il comptait 48 000 partages à l’heure où nous rédigions.


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