Editorial

Préserver la crédibilité de la science

Nous, citoyens, politiciens, journalistes, accordons naturellement du crédit aux résultats des chercheurs à partir du moment où ils ont été publiés dans une revue scientifique. Le système bien rodé des publications repose sur un concept simple: les experts d’un domaine relisent et valident la pertinence de résultats produits par leur pair. C’est ce qu’on appelle le peer review, en général anonyme, qui juge si un travail mérite d’être publié ou non.

Le plus souvent, ce système fonctionne. Mais des faits récents, médiatisés, jettent le discrédit sur les scientifiques et leurs productions. A l’instar d’Olivier Voinnet, biologiste français en poste à l’EPFZ, qui est soupçonné d’avoir manipulé les images dans 37 de ses articles. En 2014, une chercheuse japonaise a été accusée d’avoir falsifié ses données publiées dans la revue Nature, et rétractées depuis. L’affaire eut une issue tragique: le suicide d’un des coauteurs.

Comment expliquer ces fraudes présumées ou avérées? Au cœur des rouages de la science, les chercheurs subissent aujourd’hui une pression de compétition lourde: publier ou périr. Si leurs résultats n’apparaissent pas dans les meilleures revues, leur carrière est ralentie. Idem pour l’obtention de précieux financements. Alors, certains pourraient être tentés de favoriser une image plutôt qu’une autre, ou, comme Hyung-in Moon, chercheur en Corée du Sud, de se faire passer pour un autre pour «reviewer» son propre papier…

Il est donc temps de réformer le système pour donner un nouveau souffle non seulement aux chercheurs, dans leur intérêt, mais aussi aux éditeurs, car tous y perdent en crédibilité.

Parmi les solutions envisagées: donner le nom des relecteurs pour leur éviter de «saquer» dans l’ombre leurs concurrents. Plusieurs initiatives ont aussi imaginé une relecture après publication soit par des pairs volontaires comme pour le journal britannique Faculty of 1000, soit par la communauté tout entière via des sites tiers. C’est ce que propose la plateforme Pubmed Common , éponyme du moteur de recherche d’articles scientifiques, ou le site PubPeer, qui fonctionne de manière anonyme. Et pourquoi ne pas réfléchir à des indicateurs de succès alternatifs des chercheurs, comme leur participation au dialogue social?

Car au final, assurer une science crédible et intègre est essentiel pour vivre dans une société éclairée.