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Préserver la place de la Suisse à l’Unesco

François Nordmann se réjouit de la perpétuation de la délégation suisse auprès de l’Unesco. C’est un lieu important de la diplomatie multilatérale et la Suisse doit continuer à y faire entendre sa voix, estime l’ambassadeur

La délégation permanente de la Suisse auprès de l’Unesco ne sera pas fermée: le Conseil fédéral a renoncé à ce projet et nommé Jean-Frédéric Jauslin à sa tête. Directeur de l’Office fédéral de la culture, ce dernier portera le titre d’ambassadeur quand il prendra ses fonctions au début de l’automne.

Le gouvernement évite ainsi l’erreur de supprimer un poste diplomatique multilatéral à Paris sous prétexte de rationalisation et d’économie. Au contraire, la ­nomination d’un délégué compétent, spécialiste de l’un des secteurs majeurs de l’organisation, renforcera l’influence de la Suisse à l’Organisation des Nations unies pour la science, la culture et l’éducation (Unesco) au lieu de la diminuer volontairement.

Jusqu’en 2009, la Suisse disposait de quatre représentations à Paris: à côté de l’ambassade de Suisse en France et de la mission auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), on comptait encore un représentant personnel du président de la Confédération à l’Organisation internationale de la francophonie et un délégué permanent auprès de l’Unesco. Il était juste de vouloir rassembler administrativement ce qui pouvait l’être. Encore convenait-il de le faire sans préjudice pour la présence suisse dans les enceintes internationales. Charger l’ambassadeur de Suisse en France de gérer également les relations avec l’Unesco aurait affaibli la qualité des prestations des deux offices. L’activité de la Suisse au sein de l’Unesco en aurait inévitablement pâti, tandis que l’ambassade aurait été surchargée au détriment de son travail bilatéral.

La solution qui a prévalu in extremis, indépendamment des circonstances personnelles qui l’entourent, est la meilleure possible. La réunion des postes de représentant suisse à la francophonie et de chef de la délégation permanente à l’Unesco permet de couvrir le champ du multilatéral sans toucher ni à l’ambassade, tournée vers les affaires bilatérales, ni à la délégation auprès de l’OCDE, dont le domaine est limité aux pays industriels.

Mais en quoi ces considérations bureaucratiques ont-elles la moindre importance? Jusqu’à l’entrée de la Suisse aux Nations unies, il y a onze ans, l’Unesco était la plus importante organisation du système de l’ONU dont la Suisse fut membre. Elle contribue au maintien de la paix et de la justice, objectif des Nations unies, en organisant la coopération internationale dans sa sphère d’activité. Devenue avant tout agence de coopération et de développement, elle est connue pour son œuvre de protection du patrimoine culturel matériel et immatériel et pour son rôle dans l’éducation, la science et la communication.

Même si son action n’a pas de valeur stratégique, elle affecte les fondements de l’identité de ses Etats membres et n’est pas immunisée contre les mouvements de la politique mondiale. Dans les années 1980, elle a connu la plus grave crise de son histoire. En prenant position pour le «nouvel ordre mondial de l’information», la majorité des Etats membres, suivant le directeur général de l’époque, M. M’Bow, a agi à l’encontre de l’Acte constitutif qui proclame la libre circulation de l’information. En conséquence, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se sont retirés de l’organisation et n’y sont revenus que douze ans plus tard.

Plus récemment, l’adhésion de la Palestine en qualité d’Etat membre en 2011 a provoqué le gel de la contribution américaine, qui représente 22% du budget. L’organisation a été contrainte d’accroître sa dépendance de fonds extra-budgétaires, qui financent des projets hors programme.

La Suisse a intérêt à une organisation universelle qui soutient les réformes destinées à concentrer les activités, réduire les dépenses administratives et diminuer le saupoudrage des programmes. C’est l’objectif que poursuit la directrice générale actuelle, Mme Irina Bokova, qui veut conférer à l’organisation plus d’efficacité et plus de visibilité. La présence d’un délégué permanent actif sur place permet de mieux mesurer et de mieux appuyer les efforts en vue de la réforme. La part de la Suisse au budget de l’organisation est de 3,5 millions de francs environ: il importe de lutter contre tout gaspillage et pour la mise en œuvre du programme. Seule la présence d’une délégation sur place est à même de le garantir. La Commission nationale suisse pour l’Unesco, formée d’universitaires qui s’y connaissent dans toutes les branches d’activité de l’organisation, veille également au grain pour ce qui est du programme.

La Suisse a encore un intérêt à faire valoir: elle accueille à Genève le Bureau international d’éducation, créé jadis par Jean Piaget. Ce centre offre à la recherche comparative en matière pédagogique un peu plus d’autonomie que s’il était purement et simplement intégré dans la machine administrative de la place de Fontenoy, à Paris.

Enfin, le DFAE fait de la diplomatie scientifique une de ses priorités: l’UNESCO est l’organe de coordination multilatérale par excellence dans ce secteur. Il n’y a donc pas lieu d’y baisser la voix.

Le gouvernement évite l’erreur de supprimer un poste diplomatique multilatéral à Paris, sous prétexte de rationalisation et d’économie

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