Christian Levrat est un acteur. Un leader. Un homme qui aime mettre les mains dans le cambouis. Qui adore le combat politique. Après douze années passées à monter des coups et à sceller des alliances à la tête du PS, on l’aurait bien vu confronter ses positions avec celles de ses adversaires au sein d’un exécutif, en l’occurrence celui du canton de Fribourg.

Il n’en sera rien. Il sera le nouveau président du conseil d’administration de La Poste. Est-ce un bon choix? La question est légitime. Tout d'abord, parce que Simonetta Sommaruga ne peut échapper au soupçon de copinage politique. Dès l’annonce de la démission du démocrate-chrétien Urs Schwaller, personne ne doutait qu’elle ferait appel à une personnalité de son camp pour lui succéder. Cela permet de donner des gages au personnel de La Poste, secoué par des changements économiques, sociétaux et structurels majeurs.

Lire aussi: Urs Schwaller quitte la présidence de La Poste

Il faut reconnaître que Christian Levrat dispose d’atouts pour permettre à La Poste de relever les défis du futur: son passé de syndicaliste critique, la crédibilité dont il jouit auprès du personnel, sa connaissance de la matière postale, ses réseaux et son sens de la stratégie – il est un excellent joueur d’échecs.

Mais il devra éviter de bétonner La Poste dans des structures obsolètes. Aujourd’hui, une «entreprise de service public», telle qu’il la définit lui-même, est, précisément, une «entreprise». Elle doit réussir le virage numérique et savoir s’adapter à un environnement en pleine mutation: baisse inéluctable du volume des lettres et essor phénoménal du commerce en ligne et des colis.

Lire également: Le retrait de Christian Levrat rebat les cartes à Fribourg

Surtout, on peut se demander s’il s’épanouira dans cette fonction. Comme président du conseil d’administration, il lui appartient de faire appliquer les lignes stratégiques et les objectifs assignés par le Conseil fédéral. Son tempérament bouillonnant d’homme de terrain se satisfera-t-il de ce rôle?

On se souvient que La Poste a vécu voilà quelques années une expérience compliquée avec Claude Béglé. Nommé président du conseil d’administration du temps de Moritz Leuenberger, le Vaudois ne s’était pas contenté de définir la stratégie. Il communiquait beaucoup et se mêlait volontiers de l’opérationnel, ce qui a généré de fortes crispations avec la direction. Christian Levrat saura-t-il résister à cette tentation?

Lire aussi l'article lié: Les défis qui attendent Christian Levrat à La Poste sont nombreux

 

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.