Le mois dernier, Tsai Ing-wen fêtait discrètement le premier anniversaire de sa prise de fonction, privilégiant la réception d’un groupe d’enfants à dîner à une traditionnelle conférence de presse. Il faut dire que la cote de popularité de celle qui est devenue la première femme présidente de Taïwan est passée en près d’un an de 69,9% à moins de 30%. Comment expliquer cette soudaine désaffection pour celle que les médias comparaient, lors de son élection, à Angela Merkel?

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Les raisons de la chute de popularité de Tsai sont à chercher du côté des (trop?) nombreuses réformes lancées depuis le début de son mandat. Le projet de réforme sur l’augmentation de l’âge et de la baisse du niveau des retraites des fonctionnaires ou la révision du temps de travail hebdomadaire limité à 40 heures sur cinq jours ont suscité la colère d’une grande partie de la population et donné lieu à d’importantes manifestations.

Censées être plus consensuelles, des réformes sur la légalisation du mariage homosexuel, ou la transparence des avoirs acquis par les partis politiques, se sont heurtées à des poches de résistance inattendues et pas toujours très bien gérées par la présidente. Tsai Ing-wen renvoie, en effet, l’image d’une personne austère, technocratique et quelque peu distante par rapport aux préoccupations réelles des Taïwanais. Son impopularité doit donc plus à des problèmes liés au style, à la méthode et à une certaine précipitation dans l’action qu’à un véritable rejet d’une politique non seulement rendue indispensable par la situation économique difficile du pays, mais également promise lors de la dernière campagne présidentielle.

L’apport des Vietnamiens

L’économie représente bel et bien l’enjeu majeur qui déterminera le succès ou l’échec de la présidence de Tsai. Si le taux de chômage à Taïwan reste peu élevé à 3,7%, l’activité économique, elle, continue à tourner au ralenti avec une prévision de croissance inférieure à 2% pour 2017. A cela s’ajoute une dépendance structurelle de l’économie taïwanaise envers la Chine qui absorbe près de 40% de ses exportations.

40% des élèves scolarisés dans le secteur primaire et le secteur secondaire sont d’origine vietnamienne

Afin de remédier à ces différents problèmes, Tsai a initié une «nouvelle politique en direction du Sud», visant à renforcer les échanges commerciaux, culturels, éducatifs et touristiques avec les pays d’Asie du Sud-Est. Ce rapprochement répond à des objectifs économiques et stratégiques, mais correspond aussi à la nouvelle recomposition démographique de la société taïwanaise. Forte de plus de 500 000 ressortissants, la communauté vietnamienne est aujourd’hui la cinquième plus importante de l’île. Selon le Ministère de l’éducation, près de 40% des élèves scolarisés dans le secteur primaire et le secteur secondaire sont ainsi d’origine vietnamienne. Cette nouvelle population, en plus de permettre de compenser un taux de fécondité parmi les plus bas du monde (1,1 enfant par femme), présente l’avantage pour Tsai et sa formation pro-indépendantiste, le Parti démocrate progressiste (DPP), de constituer un réservoir électoral favorable car moins lié historiquement au voisin chinois.

L’hostilité de Pékin

La question des relations entre Taipei et Pékin reste un incontournable de la politique taïwanaise. Le refus de Tsai de reconnaître le «consensus de 1992» selon lequel les deux parties acceptent l’idée d’une seule Chine, chacun avec sa propre interprétation, a eu pour conséquence directe la suspension de tous les canaux de communication officiels par les autorités chinoises. Depuis, Pékin fait tout pour rabaisser le statut de l’île-Etat au simple rang d’un territoire chinois et priver ses dirigeants de toute forme de reconnaissance internationale. Dernier exemple, le refus par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’inviter Taïwan à participer en tant qu’observateur à son assemblée annuelle en mai dernier, une première depuis 2009.

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L’objectif de Pékin est de fragiliser Tsai et son gouvernement DPP. La Chine ne cache pas sa préférence pour un retour au pouvoir en 2020 des nationalistes du Kuomintang (KMT), plus conciliants à son égard. Si Tsai Ing-wen entend faire remonter sa cote de popularité et déjouer les premiers sondages qui la donnent déjà perdante à la prochaine présidentielle, sa politique de réformes menée tambour battant devra rapidement apporter des résultats concrets. Dans le cas contraire, l’hypothèse d’un deuxième mandat apparaîtrait comme très aléatoire. Une perspective qui aurait au moins le mérite de rassurer le voisin chinois.