Editorial

Une présidence en terrain miné

C’est une organisation en perte de vitesse, médiatiquement invisible, bloquée par les crispations entre Est et Ouest.

Pourtant, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), que préside la Suisse cette année, est le seul forum à traiter de sécurité «de l’Atlantique au-delà de l’Oural», du Canada à la Mongolie.

En 2015, l’organisation, héritée de la Guerre froide, fêtera le 40e anniversaire des Accords d’Helsinki, un tournant majeur dans l’histoire des relations Est-Ouest. On a peine à le croire, à considérer le vent glacial qui souffle sur les rapports entre l’OTAN et le Kremlin et dont les manifestations anti-russes de Kiev ne sont qu’un des épiphénomènes. Le choc des ambitions stratégiques se traduit par des conflits régionaux plus ou moins latents, au sud du Caucase notamment.

Plus que jamais dans ces régions à risque il y a un besoin de transparence des forces et de mesures de confiance. De plus, l’absence de coopération économique entre UE et Russie alimente la défiance mutuelle.

C’est dans ce contexte que les Etats membres de l’OSCE attendent beaucoup de la Suisse neutre. Trop? Le défi est énorme pour un petit pays qui ne peut compter que sur sa seule réputation de neutralité et les compétences reconnues de sa diplomatie à reconstruire des ponts.

A ceux qui pourraient «avoir le melon», il faudra pourtant rappeler la petite phrase de Jacques Chirac interrogé sur les intentions du président de l’OSCE, Flavio Cotti, en 1996. «M. Cotti, qui est M. Cotti?»

Le président Didier Burkhalter aborde donc cette phase profil bas, n’avançant qu’une seule recette: «Le dialogue, le dialogue.» Le risque de décevoir est grand, la chance minime de faire évoluer une OSCE prise dans la banquise.

La Suisse, à ne vouloir froisser personne, s’exposera aussi comme avocate des droits de l’homme et de la démocratie en cas de recul sur ces valeurs.

Mais l’opportunité de se profiler est à saisir. Il y a une occasion de gagner en crédibilité en vue de la candidature suisse au Conseil de sécurité pour 2023-24. C’est la possibilité de contacts directs avec les chefs d’Etat qui compte. Elle a déjà permis de renforcer les relations avec la Serbie, présidente en 2015, après les nuages de la reconnaissance du Kosovo.

L’occasion est rare de mettre en valeur notre absence des grands ensembles. Et puis, pour un temps, sur cet autre terrain diplomatique, la Suisse échappera à l’obsédant enlisement de ses relations avec l’UE.

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