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Doris Leuthard, présidente de la Confédération. Lugano, 24 juin 2017.
© Keystone/Ti-Press/Pablo Gianinazzi

Incidences

Le président Macron et la Suisse

La présidente de la Confédération, Doris Leuthard, sera reçue à l’Elysée le 3 juillet prochain. Notre chroniqueur François Nordmann livre un aperçu de ce que devraient être les thèmes abordés durant leur rencontre

Joli coup pour la diplomatie suisse: Doris Leuthard, présidente de la Confédération, sera reçue à l’Elysée le 3 juillet prochain, moins de deux mois après l’installation de son nouveau locataire. C’est une marque de considération et de courtoisie, peu avant le déplacement à Lausanne d’Emmanuel Macron, qui doit y rencontrer les dirigeants du Comité international olympique.

Le président de la République connaît un peu la Suisse. Nestlé a été l’un de ses principaux clients lorsqu’il était associé gérant de la banque Rothschild. On a voulu voir dans certaines de ses positions politiques un reflet de la culture démocratique suisse, le dépassement de la polarisation gauche-droite pour gouverner efficacement, la recherche de consensus, la volonté de consulter davantage l’opinion publique… C’est à mon avis une interprétation abusive. La centralisation du pouvoir, les responsabilités de la France sur le plan international, l’histoire et la pratique du jeu politique sont trop éloignées des nôtres pour faire de la Suisse un modèle même lointain de l’évolution en cours.

Quelle Europe?

Cela dit, nous nous rejoignons dans l’approche de la formation (apprentissage) et de la place accordée à la science, à la recherche et à l’innovation, où la coopération est d’ailleurs assez étroite entre nos deux pays. Doris Leuthard parlera de tout cela quand elle cherchera à attirer la bienveillance de son interlocuteur. Dans le même esprit elle rappellera les valeurs qui nous sont communes – paix, liberté, démocratie –, la langue française que nous avons en partage… La présidente est bien placée pour rappeler les avancées de la politique suisse dans la politique énergétique, dans le climat, dans les questions de régulation bancaire et de la coopération fiscale internationale, l’attachement au multilatéralisme et la promotion de la Genève internationale, fenêtre francophone sur l’ONU, ou encore dans l’accueil des réfugiés.

Puis on abordera inévitablement l’Europe, «qui n’est pas un supermarché», comme le dit Emmanuel Macron dans une récente interview (LT du 22.06.2017). Certains secteurs de l’opinion en Suisse voient d’un mauvais œil les idées qu’Emmanuel Macron défend dans les conseils de l’UE: un renforcement de l’intégration, une gouvernance plus politique de la monnaie unique, et un degré de protection qui toucherait le commerce et les investissements directs: «une camisole de force», écrit la NZZ le 24 juin dernier. Il faut au contraire, selon ce journal, plus de flexibilité, moins de dogmatisme dans la construction européenne, une nouvelle structure de coopération englobant aussi bien Britanniques, Polonais, Norvégiens ou Suisses…

Empressement ou indulgence?

Doris Leuthard exposera sans doute au président français les voies tortueuses de la conception suisse de l’intégration européenne, y compris l’obstruction permanente à laquelle le Conseil fédéral est soumis jusqu’en son sein de la part de la droite nationaliste populiste. A cet égard, l’entretien devra permettre de mesurer le degré d’importance que la France attache aux fameuses questions institutionnelles: Emmanuel Macron insistera-t-il pour que les négociations soient rapidement menées à leur terme, afin que l’accord soit mis en vigueur sans tarder? Ou fera-t-il montre d’une certaine indulgence qui conforterait les partisans d’un report à 2020 de tout débat à ce sujet?

On se félicitera sans doute encore de part et d’autre des progrès dans la question de l’immigration; la France cherchera à obtenir encore des assurances claires sur l’accès sans discrimination des frontaliers au marché du travail en Suisse. L’assurance chômage de ces derniers, les questions fiscales encore en suspens, l’échange automatique d’informations sont autant de thèmes techniques qui seront rapidement renvoyés aux ministres compétents. En revanche, plus délicate sera l’évocation de points tels que les poursuites contre des banques suisses devant les tribunaux français ou l’achat éventuel par la Suisse d’avions français pour les forces aériennes à l’issue du processus d’évaluation en cours…

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