Chronique

Le président Obama va nous manquer

La position des Etats Unis aujourd’hui dans le monde n’a rien à voir avec ce qu’elle était en 2008 – échec de la guerre d’Irak, enlisement en Afghanistan, usage de la torture et crise économique, menaces de conflit avec l’Iran, souligne notre chroniqueur François Nordmann

Nombreux sont ceux qui éprouveront un sentiment de regret lors du prochain départ du président Obama. Et pas seulement parce que la campagne électorale qui s’achève aujourd’hui fait craindre un retour à une diplomatie américaine plus aventureuse et plus prompte à employer la force.

Certes la ligne suivie par la Maison Blanche a été parfois sinueuse et par moments incompréhensible. Mais la position des Etats Unis aujourd’hui dans le monde n’a rien à voir avec ce qu’elle était en 2008 – discréditée par l’échec de la guerre d’Irak, l’enlisement en Afghanistan, l’usage de la torture et la crise économique, les divergences avec les alliés et les menaces de conflit avec l’Iran.

Une doctrine de long terme

On peut dire qu’à force de ténacité, de patience et de résilience, Obama a restauré à sa manière la grandeur de l’Amérique. Il a défini une doctrine de long terme, marquée par le sens de la mesure et le souci de l’équilibre, de la précision et de la retenue, saupoudrée d’une certaine dose de scepticisme.

Sa perception des intérêts fondamentaux de l’Amérique, à quinze ou vingt ans, ne l’a pas empêché de réagir aux événements qui survenaient au jour le jour. Cependant, il a toujours évalué l’impact de ses décisions sur son projet et non pas pour ses effets immédiats. Un livre, The Long Game, de Derek Chollet, éclaire cet aspect du défi qu’Obama a ainsi jeté à Washington dès son arrivée.

Les élites politico-médiatiques de Washington peu consultées

La méthode appliquée par Obama l’a coupé des élites politico-médiatiques de Washington, qu’il a par ailleurs peu consultées. Il estimait que les commentateurs et les think-tanks étaient soit malveillants, cherchant à l’exploiter à leurs propres fins, soit insuffisamment informés ou encore incapables de prévoir ou d’assumer les conséquences de leurs recommandations.

L’affaire des armes chimiques utilisées par le régime syrien à fin août 2013 offre le meilleur exemple de ce malentendu. Obama a proclamé qu’il interviendrait militairement si les fameuses «lignes rouges» étaient franchies.

Quand elles l’ont été, il s’est trouvé piégé par sa rhétorique tandis que ses instincts le retenaient d’aller jusqu’au bout de cette menace. Il ne voulait pas envoyer de troupes dans un conflit aussi complexe et redoutait l’engrenage qu’un bombardement aérien pouvait déclencher.

Poutine l’a tiré d’affaire

C’est Poutine qui l’a tiré d’affaire, proposant de procéder au désarmement chimique de la Syrie avec la coopération de Damas. L’objectif était atteint sans effusion de sang, sans avoir à ouvrir un nouveau front alors que l’Amérique était encore empêtrée dans les séquelles des guerres d’Irak et d’Afghanistan.

On en a déduit que la retenue dont Obama faisait preuve dans le domaine stratégique – comme en Libye deux ans plus tôt, comme en Ukraine en 2014 – était synonyme de faiblesse. Mais Obama entend graduer sa riposte et recourir d’abord à la diplomatie.

Engager le dialogue avec l’adversaire: la négociation réussie avec l’Iran restera le principal succès de l’ère Obama, évitant à terme un conflit majeur. Cela n’a cependant pas suffi à apaiser le Moyen Orient, dont l’importance stratégique pour les Etats-Unis a diminué avec la fin de la dépendance pétrolière. La reprise des relations diplomatiques avec Cuba a été la clé vers la normalisation des relations entre les Etats Unis et l’Amérique latine.

Rééquilibrage vers l’Asie

L’autre trait caractéristique de la politique américaine aura été le rééquilibrage vers l’Asie. Premier président américain né et élevé sur les rivages du Pacifique, il a compris que l’avenir de la puissance américaine se jouerait sur le continent asiatique.

Il a multiplié les contacts avec les dirigeants chinois et a développé avec eux une relation ambiguë, mélange de confrontation (en Mer de Chine) et de coopération. Le déplacement du centre de gravité de la politique étrangère américaine vers l’Asie restera l’un des legs les plus emblématiques du président Obama et le plus significatif pour les Européens.

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