Le président Trump a effectué un certain nombre de revirements dans sa politique étrangère la semaine dernière et y a laissé des plumes. Vis-à-vis de la Chine il a dû montrer patte blanche et répudier les déclarations hostiles qu’il avait formulées après son élection, allant jusqu’à remettre en cause la politique d’«une Chine» en essayant de jouer Taiwan contre la République populaire.

Une courbette

Dans un message écrit à son homologue Xi Jinping, il a reconnu l’unité de la Chine et témoigné de son respect. Ce n’est qu’après cette courbette qu’il a pu parler au téléphone au président chinois, qui refusait de prendre ses appels tant qu’il ne s’alignerait pas. Les deux hommes politiques se rencontreront l’été prochain à Hambourg en marge du G-20. Ils sont loin d’avoir réglé tous les sujets de conflit, s’agissant notamment des revendications territoriales de la Chine et de ses activités militaires en mer de Chine méridionale ou du contentieux économique et commercial.

Mais M. Trump renoue peu ou prou avec la ligne de son prédécesseur, ayant galvaudé dans ce petit jeu l’une des cartes maîtresses d’Obama, le Traité transpacifique qui devait créer une vaste zone de libre-échange sans la Chine sur les deux rives du Pacifique. M. Trump y a renoncé d’emblée et sans contrepartie. Le président Trump a commencé l’année du Coq en rentrant ses griffes et les Chinois ont compris qu’ils avaient affaire à un «tigre de papier», comme on dit à Pékin, et ce n’est pas la réaction modérée des Américains à l’essai balistique nord-coréen de cette semaine qui les démentira.

Spectaculaire revirement

Tout aussi spectaculaire paraît le revirement américain au Moyen-Orient. Après ses tirades tonitruantes contre le traité nucléaire avec l’Iran, le président Trump a adopté la doctrine plus réaliste de son ministre de la défense, le général Mattis: «pacta sunt servanda», bon ou mauvais le traité doit être respecté, mais l’Iran doit mettre fin à ses menées terroristes, à son expansionnisme dans le golfe, à son hostilité envers Israël et à ses essais de missiles balistiques (LT du 5 décembre 2016). On est loin de l’apaisement, mais le traité nucléaire restera en vigueur, sa mise en œuvre étant l’objet d’un contrôle pointilleux.

Le président des Etats Unis a également révisé son attitude vis-à-vis d’Israël. Epousant les thèses de son entourage, il a d’abord encouragé les implantations en Cisjordanie. Au cours de la campagne électorale, il a également déclaré vouloir déplacer l’ambassade des Etats Unis à Jérusalem, promis juré.

Une visite décisive

Mais la réaction du président égyptien, Al Sissi, et du roi Abdallah II de Jordanie l’ont familiarisé avec les données d’un problème dont il ignorait la complexité. De même l’installation progressive de ses ministres dans leurs fauteuils l’a exposé aux vues de professionnels. Il faut relever notamment à ce sujet l’arrivée du Secrétaire d’Etat Rex Tillerton à fin janvier: c’est un ami de l’ancien secrétaire d’Etat James Baker, qu’il consulte fréquemment et qui a développé au Moyen Orient une politique équilibrée à l’époque du premier Président Bush.

La visite demain à la Maison Blanche du Premier Ministre Benjamin Nethanyahou pourrait bien s’avérer décisive pour la définition de la politique américaine au Moyen Orient.

Colons israéliens rappelés à l’ordre

M. Trump prône désormais un nouveau plan de paix au Moyen Orient – en fait, l’alliance des Etats sunnites modérés (Arabie saoudite, Egypte, Emirats arabes unis, Jordanie) et d’Israël contre l’Iran et ses affidés (Hezbollah). C’est dans ce cadre multilatéral, lointain écho de la conférence de Madrid, qu’une solution au problème israélo-palestinien serait recherchée et non plus dans un tête-à-tête entre Mahmoud Abbas et le premier ministre israélien.

Quant aux colons israéliens, ils ont été rappelés à l’ordre par celui qu’ils considéraient comme leur mentor: les colonies ne doivent pas gêner les efforts de paix de l’administration Trump. Le projet de déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem est renvoyé à des jours meilleurs… A force de concessions, M. Trump est en train de perdre une partie de son crédit et de son autorité.