Un début de campagne retombé comme un soufflé, des conventions nationales démocrate et républicaine qui se réduisent comme peau de chagrin et un président aux abois qui dénonce à l’avance des «fraudes massives»: l’élection présidentielle de 2020, chahutée par le Covid-19, restera dans les annales. Mais le pire est peut-être encore à venir.

Si Donald Trump perd le 3 novembre, il pourrait ne pas reconnaître sa défaite et plonger le pays dans une grave crise constitutionnelle. Une période de chaos n’est pas à exclure. Ce scénario catastrophe paraît toujours plus plausible, alors qu’il y a quelques mois encore les chances d’une réélection étaient à peine remises en question.

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Des signaux d’essoufflement

Durant la préparation d'une série de reportages, dans plusieurs Etats, Le Temps a pu constater sur le terrain que la base électorale du président, souvent décrite comme inamovible, donne parfois des signaux d'essoufflements. Même parmi les évangéliques, ou le socle de 53% des femmes blanches qui ont contribué à le faire élire en 2016. Les sondages donnent d'ailleurs son rival démocrate Joe Biden gagnant.

Mais attention aux conclusions trop hâtives: les jeux sont loin d’être faits. Affaibli par la pandémie, qui plonge les Etats-Unis dans une crise économique et révèle l’extrême fragilité de son filet social, Donald Trump est passé maître en diversion. Il ne recule devant aucune stratégie pour semer la zizanie, galvaniser ses troupes, jeter le discrédit sur ses opposants et déstabiliser la société américaine.

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L’ennemi, c’est l’abstention

Il met surtout tout en œuvre pour décourager les Américains de voter et tente de limiter les droits de vote de certaines catégories de personnes. Sa stratégie qui consiste à fustiger le vote par correspondance, en annonçant «tricheries» et «désastre», n’a rien d’innocent. Son objectif est de réduire le nombre de voix susceptibles de se porter sur Joe Biden. Car, à cause de la pandémie et du risque sanitaire de se rendre physiquement aux urnes, ceux qui seront les plus enclins à voter par correspondance sont les résidents des villes à forte densité. Qui votent à majorité démocrate.

Donald Trump s’affiche en président «de la loi et de l’ordre». Il est surtout celui du désordre, amputé des bons résultats économiques sur lesquels il tablait pour garantir sa réélection, et qui porte chaque jour de nouveaux coups de boutoir à la démocratie. Mais le pire ennemi de cette élection est bien celui-ci: l’abstention. Les Américains ont plus que jamais leur destin entre leurs mains.