Vous savez, c’est une de ces phrases bibliques qu’on adapte à chaque circonstance: «Qui vit par l’épée périra par l’épée.» En regardant toutes ces rangées de sièges vides à Tulsa pour le meeting de Donald Trump, il y a quelques jours, j’ai ainsi pensé à quelque chose du genre: «Celui qui vit par Twitter périra par TikTok.»

C’est en effet par ce réseau social encore frais – TikTok n’existe que depuis quatre ans –, où l’on partage surtout des vidéos, qu’est passée l’idée dans une partie de la jeunesse d’Amérique d’acheter des billets afin de ne pas aller voir Trump. Cela a fonctionné à merveille, d’où l’embarrassant ratage, aussi visuel que sur le fond, du show du président.

TikTok, et ceci ajoute à l’ironie de la situation, est une application très utilisée par les jeunes, qui seront cette année plus nombreux que jamais à voter. On y trouve aussi les amateurs, souvent d’origine étrangère aux Etats-Unis, de pop coréenne, la K-pop. TikTok a surtout son origine en Chine, pays contre lequel Donald Trump mène depuis des mois une guerre verbale et économique sans merci. Je ne serai pas étonnée qu’il y ait un vague rapport.

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Le tout-à-l’égout de la pensée en deux phrases

C’est ce qu’on découvre de vertigineux avec les récentes élections présidentielles américaines. Chacune d’elles voit la mise en avant d’un autre réseau. Obama, c’était les contacts via Facebook. La présidence Trump a durant ces quatre ans ressemblé à une logorrhée de punchlines agressives, une délirante succession de tweets.

Au point de ternir l’image de Twitter? C’est ce que je crois. Car cela donne au bout du compte l’impression que l’on y raconte sans arrêt n’importe quoi. Les dirigeants du réseau l’ont compris, et c’est pour cela qu’ils se mettent soudain à signaler les énervements du président. Mais c’est trop tard. Le mal est fait. Comme Facebook a fini par souvent passer pour un truc de vieux, Twitter est en passe d’être dépassé par ce sentiment de tout-à-l’égout de la pensée en deux phrases.

Il n’est plus sur le bon réseau

C’est pour cela que Trump est perdu, qu’il ne peut pas gagner cette bataille: il n’est plus sur le bon réseau, et c’est impossible de changer de cheval comme dans un western. Je sais qu’il suffit de dire cela pour que mille analystes politiques en essaim viennent m’expliquer que rien n’est joué, of course. Que Trump a plus d’un tour dans son sac, une base électorale forte, et que l’on a déjà tellement sous-estimé son impact il y a quatre ans qu’il est idiot d’asséner des vérités électorales alors qu’il reste cinq mois de campagne.

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Oui, mais peut-être non: TikTok est en train d’assommer Donald Trump, de faire plus de bruit que lui. Il va donc falloir que l’on se mette à écouter de la K-pop, vous et moi. Son succès explose, en Asie depuis des années, mais aussi en France, et désormais aux Etats-Unis. Car la musique mondialisée est aussi politique. J’ai de l’admiration pour Alexandria Ocasio-Cortez, élue démocrate de New York à la Chambre des représentants. Parce qu’elle représente à la fois la force de la jeunesse et une manière de féminisme, et qu’elle sait mieux que d’autres la dynamique induite par le mélange des cultures. Après Tulsa, elle a écrit: «Alliés de la K-pop, nous voyons et apprécions également vos contributions dans la lutte pour la justice.»


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