Qui aurait pensé en France, il y a tout juste un an, que les candidats de la majorité sortante et de l’opposition seraient François Fillon – s’il n’est pas mis en examen – et Benoît Hamon, s’il confirme sa victoire dimanche à la primaire «citoyenne» du PS?

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Le seul rappel de ce scénario improbable en dit long sur l’incapacité des sondeurs et des observateurs de la politique française à anticiper les bouleversements électoraux. Là où, hier, la force des appareils politiques prévalait, la prime à l’authenticité est devenue déterminante. Les 4,4 millions d’électeurs de droite ont couronné, le 27 novembre, un ancien premier ministre jugé longtemps sans charisme, abonné aux seconds rôles. Les votants de ce dimanche risquent de propulser dans la course à l’Elysée un ancien ministre de l’éducation dont le point fort était, jusque-là, d’avoir été un parfait apparatchik, fin connaisseur de la mécanique interne du Parti socialiste.

La réalité qui en découle est un flou préoccupant sur le scrutin qui se tiendra les 23 avril et 7 mai 2017. Hormis la candidate du Front national dont le socle électoral semble arrimé à 27%-28% des voix au premier tour, tous les prétendants à l’Elysée présentent de sérieuses failles, capables de ruiner leurs chances au fil de la campagne. Marine Le Pen a toujours autant de peine à formuler sur ce «Frexit» qu’elle promet de soumettre à référendum. François Fillon, empêtré depuis mardi dans le scandale du «Penelopegate», est encore loin d’avoir mis au pas le camp conservateur. Jean-Luc Mélenchon pourrait bien voir sa stratégie de la colère populaire se retourner contre lui si Benoît Hamon parvient à populariser sa «gauche désirable». Emmanuel Macron, malgré la dynamique qui le porte, reste encore perçu par beaucoup comme une «bulle» vouée à se dégonfler…

Tout peut arriver en 2017. Parce que la France n’a jamais été aussi contradictoire. Les primaires ont beau être saluées par les électeurs, leur légitimité reste contestée par les candidats restés à l’écart. Le quinquennat achevé, perçu comme une trahison par une bonne partie des socialistes, a ruiné l’image de la gauche de gouvernement. Le vent du populisme, et l’attrait pour des solutions simples vantées par l’extrême droite comme l’extrême gauche, minent le débat indispensable sur le retour de compétitivité, la sortie du chômage, et la place de l’Hexagone en Europe et dans la mondialisation.

Cette présidentielle contient en germe une possible série d’implosions. Implosion des partis en train de devenir, via les primaires, des plateformes électorales. Implosion de la division gauche-droite, dénoncée par Emmanuel Macron. Implosion de la crédibilité politique, dynamitée par le buzz des médias sociaux, la prime aux personnalités nouvelles et la séduction exercée, à droite comme à gauche, par les nouvelles radicalités. La France qui vote est, aujourd’hui, un imprévisible laboratoire.

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