éditorial

La presidenza della Svizzera!

Quand les maisons royales et princières détenaient le pouvoir, elles assuraient toujours un héritier

Quand les maisons royales et princières détenaient le pouvoir, elles assuraient toujours un héritier. Il était préparé dès l’enfance au rôle qu’il aurait à jouer. L’absence d’héritier signifiait souvent la disparition de la dynastie, ce qui arriva aux Kybourg au XIIIe siècle, grâce à quoi la Suisse est ce qu’elle est.

Ce sont maintenant les partis politiques qui sélectionnent et préparent dans leurs rangs les présidents, premiers ministres ou conseillers fédéraux. Ils le font institutionnellement, au long des carrières, sans que les ministrables soient sûrs de l’aboutissement. Mais, en milieu démocratique, une condition est indispensable à la mobilisation psychologique et politique des personnalités en vue de la prise en charge du pouvoir: la certitude qu’il existe des places à prendre. Car, pour s’investir, les affects personnels ont besoin d’un but atteignable, visible et stable.

C’est tout ce qui manque au personnel politique de Suisse italienne s’agissant de ses rapports avec le gouvernement fédéral. Il n’existe pas, pour les personnalités marquantes de cette partie de la Suisse, la garantie d’une place de droit, réservée, au sein du Conseil fédéral. D’une présidence du pays tous les sept ans.

Sous prétexte de leur petit nombre, les Suisses italiens sont traités comme la dernière roue du char, accueillis dans le collège gouvernemental quand cela ne dérange personne mais écartés au titre d’ultra-minorité quand les postes sont chers et convoités par des cohortes d’Alémaniques et de Romands.

L’incertitude dans laquelle sont laissés les Suisses italophones quant à la légitimité de leur place à Berne finit par les détourner de la carrière fédérale. Tous se plaignent de l’injustice qui leur est faite, et c’est encore le cas aujourd’hui, mais ils ne sont déjà plus assez forts ni même assez motivés pour retourner politiquement la pure logique comptable du système fédéral dont ils sont les victimes.

La Suisse pâtira de son étourderie quand le Tessin tombera aux mains des seuls populistes et liguards. Quand il aura cessé de fortifier le concert fédéral par sa musique. Quand il se contentera d’être notre Monaco. On verra alors combien manque la maison italienne au tête-à-tête aigri de la maison alémanique et de la maison romande.

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