Incidences

Présider l’OSCE, une expérience unique

Le groupe de réflexion Foraus veut tirer (demain au Club suisse de la presse) les leçons de la présidence suisse de l’OSCE: quelles sont les raisons qui ont contribué au succès de la Suisse à la tête de l’OSCE, particulièrement dans sa gestion de la crise ukrainienne? S’est-elle dotée des moyens nécessaires? La diplomatie suisse sera-t-elle en mesure de répéter cette performance dans d’autres circonstances, en qualité d’acteur fiable et neutre?

C’est un sujet intéressant, qui doit être considéré dans sa juste perspective. La Suisse a joué un rôle utile en faisant face à des événements dont personne n’avait prévu le déroulement ni la gravité, comme le démontre le rapport que la Chambre des lords vient de publier.

Dans cette situation exceptionnelle, la Suisse a su improviser et définir la conduite de l’organisation. Elle n’a pas cherché à résoudre le conflit mais a créé des mécanismes auxquels les parties et les intermédiaires pouvaient recourir: l’envoi d’observateurs sur le terrain, et le groupe de contact chargé de maintenir le dialogue entre les parties. Il a fallu employer des trésors de patience, de persévérance et de finesse diplomatique pour lancer ces deux opérations. L’engagement personnel du chef du département a été déterminant, tout comme le choix des diplomates qu’il a chargés des fonctions les plus délicates, soit l’ambassadeur Tim Guldimann, envoyé de la présidence en Ukraine, l’ambassadeur Heidi Tagliavini, qui préside le groupe de travail Russie- Ukraine-OSCE, et l’ambassadeur turc Ertugrul Apakan, qui dirige la mission spéciale d’observation en Ukraine.

Très tôt, la Suisse s’est placée dans le sillage de la diplomatie allemande, comme cela avait été le cas lors de la première présidence suisse de l’OSCE, en 1996. Calcul judicieux, puisque l’Allemagne a été le chef de file des Européens dans les négociations avec Kiev et Moscou qui ont abouti à l’accord de Minsk le 5 septembre dernier. Les premiers efforts pour amener les parties à composition ont été entrepris au niveau des chefs d’Etat (France, Allemagne, Russie et Ukraine) au cours des cérémonies du 70e anniversaire du débarquement en Normandie, le 6 juin 2014. C’est au groupe Normandie et particulièrement à la chancelière fédérale d’Allemagne, Angela Merkel, que l’on doit la possibilité d’une solution à la crise, qui est encore loin de sa réalisation. C’est elle qui a traité du règlement politique avec Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie. L’OSCE a accompagné ces pourparlers, d’abord en allant voir ce qui se passait effectivement sur place (mais ses observateurs n’ont pas tout vu, faute d’avoir été autorisés à se rendre sur tous les points de la frontière entre la Russie et l’Ukraine). Puis, grâce à la confiance dont elle dispose de la part de tous les protagonistes, elle a été chargée de veiller à la mise en œuvre de l’accord de Minsk. Les choix de la présidence ont été ratifiés par tous les pays membres, ­l’organisation a regagné du profil: elle a été l’auxiliaire indispensable des puissances dans leur tentative de maîtriser le conflit.

Mais revenons à la question posée: la Suisse pourra-t-elle à l’avenir renouveler cette expérience? Pour y répondre, il faut examiner trois facteurs particuliers.

Tout d’abord, la personnalité de Didier Burkhalter, qui a accepté de prendre des risques et de jouer pleinement son rôle de président en exercice de l’OSCE, qui est une fonction ad personam.

D’autre part, l’action qu’il a menée à la présidence de l’OSCE n’a été possible que parce qu’il tenait un mandat en bonne et due forme de l’organisation. Sans cela, la Suisse n’aurait guère eu de voix au chapitre.

Enfin, c’est par hasard et non par choix que la présidence de l’OSCE est échue à la Suisse au moment où se déclenchaient les événements de Maïdan. La diplomatie suisse et son chef devaient réagir à chaud: une offre de bons offices est au contraire une démarche de longue haleine; il y faut une intention. Il est donc peu probable que les conditions particulières qui ont permis à la présidence d’agir en 2014 sur le théâtre de la sécurité en Europe soient réunies de sitôt, en Europe ou ailleurs.

Reste l’équation personnelle. Dès qu’un Suisse déploie une activité réussie sur la scène internationale, on lui attribue soit le Prix Nobel de la paix, soit le poste de secrétaire général de l’ONU. Justement, les fonctions de Ban Ki-moon viennent à échéance à la fin de l’année prochaine. La succession est virtuellement ouverte.

C’est en principe le tour des Etats d’Europe orientale. Aucun de leurs ressortissants n’a jamais été élu à cette fonction. Dans l’hypothèse où ce groupe ne parviendrait pas à imposer l’un des siens, l’Amérique latine et l’Europe occidentale pourraient faire connaître leur intérêt. Dans ce contexte, il est trop tôt pour juger des chances réelles d’une éventuelle candidature suisse! Cela dépendra de la situation électorale, des appuis fiables éventuels, des autres candidats et de la volonté de faire campagne.

Dès qu’un Suisse déploie une activité réussie sur la scène internationale, on lui attribue soit le Prix Nobel de la paix, soit le poste de secrétaire général de l’ONU

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