C’était la carte de vœux de la nouvelle année de la Corée du Nord au monde, et, en particulier aux Etats-Unis: l’annonce faite ce dimanche 1er janvier par le leader Kim Jon-un «que les préparatifs de tir expérimental d’un missile balistique intercontinental sont dans leur dernière phase». Manière, selon les observateurs, de faire pression sur Donald Trump en le poussant à plus d’aménité avec le régime nord-coréen.

Exercice réussi? Pas vraiment, s’il faut en croire les premières salves de tweets de Donald Trump qui ont succédé à la réaction officielle de l’actuelle porte-parole du département d’Etat américain Anna Richey-Allen. Elle a prié dimanche la Corée du Nord de se «dispenser de toute provocation et de toute rhétorique guerrière susceptibles de menacer la paix et la stabilité internationale et de se conformer à ses obligations et engagements internationaux». Cela, c’était pour l’administration Obama.

Du côté de Donald Trump, la réplique a été plutôt cinglante, et à plusieurs étages, si l’on ose utiliser le langage des fusées. La première salve a été réservée à la Corée du Nord proprement dite: «La Corée du Nord vient d’affirmer qu’elle en était aux dernières étapes du développement d’une arme nucléaire capable d’atteindre le territoire américain. Cela n’arrivera pas!»

Une heure plus tard, la nuit portant sans doute conseil, c’est à la Chine qu’il adresse une nouvelle salve: «La Chine tire une quantité massive de profits des Etats-Unis, par le biais d’un commerce totalement à sens unique, mais elle n’apportera pas son aide sur la Corée du Nord. Chouette!»:

Damian Paletta, du Wall Street Journal, constate que Donald Trump fait à nouveau usage de Twitter pour articuler ses messages de politique étrangère. Notant au passage que c’est devenu une habitude pour le président élu de morigéner la Chine via son compte Twitter, tandis qu’il loue à flot continu la Russie et son leader, Vladimir Poutine.

Le Wall Street Journal cite cependant longuement l’analyse d’un spécialiste chinois des affaires américaines à l’université de Renmin, Shi Yinhong, qui considère que les réactions de Donald Trump sont en ligne avec l’attitude habituelle des autorités américaines en ce qui concerne la Chine. Quant au ton, la Chine le considérera comme propre, désormais, à celui de Donald Trump, fait d’idiosyncrasie et d’irresponsabilité».

Et pour ceux qui s’appuyaient sur les déclarations que Donald Trump faisait en mai 2016, où il préconisait un entretien face à face et entre quatre yeux avec Kim Jon-un, ils en seront simplement pour leurs frais: dans l’état actuel de l’escalade entre la Corée du Nord et le président élu, cela va être difficile. Citant un autre professeur chinois, de l’université de Jilin, Wang Sheng, le Wall Street Journal conclut que Pyongyang va devoir ajuster simplement ses positions au nouveau style du futur président en charge.

Et comment réagissent officiellement les Chinois? Difficile à dire pour l’heure, mais Le Washington Post cite la réaction du tabloïd chinois appartenant à l’Etat, le Global Times, qui considère comme irresponsable l’attitude de Donald Trump.

Au Huffington Post, on accentue à plaisir, le côté grand guignol des réactions de Donald Trump: «Trump menace la Corée du Nord et insulte la Chine en 140 caractères.» Mais le Huffpo remarque néanmoins qu’il n’est pas très évident de comprendre ce que Donald Trump pense précisément en affirmant que «cela n’arrivera pas». Quant à son second tweet sur la Chine, le journal cite un expert des questions de défense, John Schindler, qui considère que ce second tweet est une grosse erreur. Certes, pour ce spécialiste, la Chine est un allié de la Corée du Nord, mais la Chine, à ce jour, partage la position des Nations unies en ce qui concerne la condamnation du développement d’armes nucléaires. «Continue de faire chier Pékin Donald – comme président en charge tu ne disposeras de plus aucun canal au cas où les Coréens du Nord viendraient à commettre des choses folles»:

Au New York Times, on note enfin que Donald Trump prendra ses fonctions dans trois semaines et que si la Corée du Nord peut apporter la preuve que son missile balistique intercontinental fonctionne, ce sera le premier grand test de sécurité de son administration. Le titre note aussi que les Coréens du Sud sont très inquiets de la manière dont Donald Trump répondrait alors à une telle provocation… Ose-t-on ajouter qu’il n’y a pas que les Coréens du Sud qui sont inquiets?

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