Revue de presse

La presse helvétique salue la voie verte et responsable prise par le Conseil des Etats

La révision de la loi sur le CO2 adoptée hier par le Conseil des Etats fait l’objet de nombreuses louanges dans la presse alémanique. Les voyages en avion et les trajets en voiture vont coûter plus cher? C’est la Suisse qui prend ses responsabilités

«Il y a le Conseil national, sauvage et imprévisible. Et il y a le Conseil des Etats, raisonnable, la voix de la raison, la Chambre du compromis. Une fois de plus, le récit habituel se vérifie.» L’Aargauer Zeitung est presque lyrique pour évoquer le vote hier, à la Chambre des Etats, de la révision de la loi sur le CO2 – qui devra encore être soumise au Conseil national, mais ce sera après les élections.

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Toute la presse alémanique salue les avancées des nouvelles dispositions – une loi «bien pensée, félicite la NZZ, faite avec intelligence, la rare quasi-unanimité doit être saluée, et pour une fois, la loi sur la protection du climat mérite son nom. Le document est d’un grand sérieux.» «Aujourd’hui, le Conseil des Etats, avec un seul vote dissident, adopte non pas une loi sur le CO2 affaiblie, mais une loi ambitieuse. Qui va plus loin que ce dont le Conseil national a discuté. Et elle contient des mesures plus strictes que celles proposées par le Conseil fédéral», analyse aussi la SRF. «Les prochaines élections ont peut-être accéléré cette tendance. Mais ce qui a été décisif, ce sont les appels scientifiques de plus en plus pressants. Et enfin, et ce n’est pas le moins important, la «colère constructive de la jeunesse climatique», comme l’a attesté un conseiller aux Etats lui-même.»

Le PLR, nouveau porte-drapeau du climat

«De toute évidence, les politiciens se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient plus s’opposer à cette tâche et qu’ils ne pouvaient plus se permettre un nouvel échec avant les élections, reprend la NZZ. Le PLR, qui avait fini par démolir le projet en décembre, a pris acte de son revirement de politique climatique et, avec le porte-parole de la Commission Damian Müller, est même devenu le champion d’une loi efficace sur le CO2. Même les représentants de l’UDC, qui avaient boycotté la révision en décembre, ne s’y sont opposés que ponctuellement.» Dans son article titré «La grève du climat marche», le site d’information Watson précise: «Les orateurs de l’UDC n’ont pas été impressionnés par les grèves climatiques, les découvertes scientifiques et les revirements politiques. Roland Eberle (Thurgovien) a critiqué le Conseil fédéral pour le durcissement de l’objectif de zéro émission nette de CO2 à l’horizon 2050, et le projet va trop loin pour lui, qui souligne que les émissions de CO2 de la Suisse représentent moins d’un millième des émissions mondiales de CO2.»

Interdiction de facto de nouveaux systèmes de chauffage au mazout dans les vieux bâtiments à partir de 2023, des limites de CO2 plus strictes pour les voitures neuves importées et une surtaxe sur l’essence pouvant atteindre 12 centimes – cette dernière mesure, avec la taxe sur les billets d’avion, est la plus commentée par les journaux.

«Quand les glaciers fondent, l’argent dans les porte-monnaies fond aussi.» Le Blick reprend l’expression pour commenter les nouvelles mesures: «Selon la taille du réservoir, le plein de carburant coûtera désormais 10 francs de plus. D’ici à 2024, l’essence et le diesel seront 10 centimes plus chers. A partir de 2025, le prix devrait augmenter de 12 centimes. Au lieu de 1,67 franc par litre d’essence actuellement, il sera alors de 1,79 franc.» «Cette mesure frappe durement la population des montagnes», avertit le PDC valaisan Beat Rieder, cité par le Blick, qui souhaiterait un remboursement partiel. En vain. Pour la conseillère fédérale socialiste Simonetta Sommaruga, «il ne doit pas y avoir de fossé villes/campagnes. La personne qui conduit une voiture électrique n’a rien à craindre.» Et d’envisager qu’on renforce la publicité pour ces véhicules électriques. «Il est louable que le Conseil des Etats n’ait pas hésité à augmenter le prix de l’essence et du diesel, c’est un levier efficace et en même temps équitable pour le pollueur», estime de son côté la NZZ.

Un prix à payer

Sous un titre mi-informatif, mi-provocateur, «Prendre l’avion coûtera jusqu'à 120 francs de plus», le Blick revient aussi sur la taxe sur les billets d’avion: «La personne qui veut prendre un avion de Zurich à Londres pendant les vacances d’automne paie actuellement environ 70 francs pour un vol aller-retour. A l’avenir, elle paiera de 30 à 120 francs de plus, selon la classe de son vol.» «C’est presque trois fois plus que la taxe actuellement discutée en Allemagne», note la SRF. «Selon Damian Müller, les citoyens suisses prennent l’avion deux fois plus que les habitants des pays voisins, développe le Tages-Anzeiger, le prélèvement de 30 francs sur les vols économiques réduira la demande de 10%, comme le montrent les prévisions de l’administration fédérale.» Pour la NZZ, «la taxe sur les billets d’avion va beaucoup renchérir les vols court-courriers, actuellement trop bon marché. Il se pourrait que les redevances sur le trafic aérien soient plus systématiquement coordonnées au niveau européen ou international. Mais cette taxe nationale sur les billets d’avion est probablement le prix politique à payer à la première tentative après l’échec de la facture.» Un prix à payer: l’expression se retrouve dans toute la presse. «C’est une erreur de croire que la protection du climat est gratuite. Quiconque veut changer quelque chose doit aussi être prêt à payer la facture. Commençons par cela», explique ainsi l’Aargauer Zeitung.

L’ensemble de la presse se réjouit aussi que les fonds collectés par ces taxes sur l’essence, le diesel, le mazout de chauffage et les billets d’avion partent alimenter un fonds qui sera redistribué à la population – «51% des recettes de la taxe seront redistribuées à la population par le biais des primes d’assurance maladie, 49% seront versées dans un nouveau fonds pour le climat», détaille le Tagi. «Le Conseil des Etats n’est cependant pas assez cohérent à cet égard. En fait, tous les revenus devraient être redistribués», estime même la NZZ.

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Le danger d’un référendum

Et maintenant? «La loi CO2 va être soumise au Conseil national, et tout porte à croire que le débat sera différent cette fois-ci de ce qu’il était lors de la débâcle de décembre dernier, écrit l’Aargauer Zeitung. Depuis, le PLR a achevé son virage vert. Et puis il y a les prochaines élections, au cours desquelles on va assister à un changement en faveur des forces défendant des politiques climatiques et environnementales efficaces. Bref, dans ses grandes lignes, le projet du Conseil des Etats a de bonnes perspectives. Ce qui ne signifie pas que la loi sur le CO2 échappera au référendum.

«Si le référendum devait avoir lieu, les chances pour la loi seraient meilleures si l’essence n’était pas rendue trop chère», explique le PLR des Grisons Martin Schmid, cité par le Tagi. «Avec les suppléments pour le fonds routier national et la compensation de l’inflation, nous sommes plutôt à 18 centimes. Cette situation touche particulièrement les personnes vivant dans les régions montagneuses qui sont dépendantes de l’automobile.» Plateau contre régions de montagne: «Une certaine persuasion sera encore nécessaire pour que cette loi sur le CO2 soit approuvée par le Conseil national nouvellement composé après les élections, puis par le souverain lors d’un référendum qui devrait avoir lieu», conclut sobrement la SRF.


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