Il y a des rencontres qui vous marquent plus que d’autres dans une carrière de journaliste. Recueillir les témoignages de victimes de prêtres pédophiles en fait partie. Ecouter, longuement, les horreurs qu’elles ont subies et constater l’attentisme de l’Eglise catholique vous retourne le bide et vous révolte. Lire ou entendre, comme explication de la part d’hommes de foi, que les prêtres souffrent, eux aussi, de leurs actes ou de leurs pulsions pédophiles rend la chose d’autant plus insoutenable.

Dans ces cas d’abus, il n’y a qu’un seul agresseur et qu’une seule victime. Ou plutôt des milliers. Un rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, dévoilé en octobre 2021, a chiffré à plus de 300 000, en France, le nombre de victimes mineures de prêtres et de religieux, depuis les années 1950. En Suisse, un travail identique est en cours. Les conclusions, qui ne sont pas attendues pour tout de suite, devraient être tout aussi glaçantes. Rien que dans le diocèse de Sion, une vingtaine de prêtres abuseurs, pour la plupart décédés, ont été identifiés depuis 2016.

Des avancées qui n’en sont pas

Ces enquêtes démontrent que, lentement, l’Eglise – seule à même de rendre justice, la plupart des faits étant prescrits lorsqu’ils sont dévoilés – prend conscience de la gravité de ces actes. Le courage de nombreuses victimes, qui ont osé briser le silence, est-il en train de porter ses fruits? Ou sont-ce les affaires à répétition et les condamnations qui ne cessent d’écorner l’image de l’institution qui la poussent à agir? Seule l’Eglise le sait. Mais il est clair qu’elle a désormais compris que la pose, dans un lieu de culte, d’une plaque de reconnaissance des abus sexuels par des gens d’Eglise – comme ce fut le cas en février 2020 à Monthey – n’est pas une réponse satisfaisante (l’a-t-elle seulement été un jour?).

Ce vendredi, le diocèse de Sion a dévoilé à ses agents pastoraux sa nouvelle ligne, qui se veut plus stricte. Si une accusation contre un ecclésiastique apparaît, par exemple, la personne concernée doit être rapidement suspendue et ne doit «plus pouvoir exercer, ni apparaître en public». L’objectif est clair: éviter que de tels actes ne se reproduisent, mais aussi protéger la victime et la liberté des témoins.

Mais n’est-ce pas la moindre des choses? Ces décisions, que l’Eglise voit comme de grandes avancées, n’auraient-elles pas dû être prises depuis des décennies déjà? L’institution est en total décalage avec le monde qui l’entoure. A la question de savoir si le renvoi de l’état clérical des prêtres abuseurs doit être plus systématisé, la réponse de Mgr Jean-Marie Lovey, l’évêque de Sion, ne devrait pas être «peut-être». Ce devrait être un oui, clair, affirmé, déterminé. Ce sont ces gestes forts dont l’Eglise a besoin pour gagner en crédibilité. Et pour que, peut-être, la population lui fasse de nouveau confiance.