Edito

Prévenir le court-circuit

Les difficultés d'Alpiq devraient inciter à remettre à plat le fonctionnement du marché de l'énergie

Les gros problèmes financiers d’Alpiq, qui plonge une partie de ses racines en Suisse romande, et d’Axpo, ancré dans la région zurichoise, représentent une occasion unique de réfléchir à la réorganisation de l’économie énergétique suisse en général et hydroélectrique en particulier.

Lire aussi: Romande Energie désire un barrage d’Alpiq

Ces deux groupes, en majorité en main des pouvoirs publics, ont annoncé des corrections de valeur de près de 2,4 milliards de francs en 2015 en raison de l’effondrement des prix de vente de l’hydroélectricité sur le marché européen de l’énergie.

On le constate aujourd’hui, la volonté de séparer économiquement production en gros et distribution d’électricité au consommateur final dans des entreprises distinctes, était une très mauvaise idée. Logique dans un marché fermé et monopolistique, lorsque tous les maillons de la chaîne étaient liés par des contrats à très long terme, ce modèle est devenu intenable il y a sept ans avec l’ouverture totale du marché en Europe, et partielle en Suisse.

Des réformes fondamentales de l’ensemble du secteur devraient être menées de manière urgente pour que les difficultés subies par Alpiq et Axpo se s’étendent pas ces prochaines années aux autres entreprises électriques suisses. Une myriade de sociétés, plus de 700 soit une pour trois communes, gèrent l’économie électrique suisse.

Les quelques efforts de regroupement impliquant la solidarité de tous les maillons de la chaîne ont été vains jusqu’à maintenant. Chaque acteur a des intérêts financiers et des leviers d’action différents. Ceux qui ne souffrent pas financièrement en ce moment ne lèvent pas le petit doigt pour venir en aide aux autres. Le Valais ne veut pas réduire la taxe hydraulique et attend que les concessions des barrages tombent comme des fruits mûrs dans son escarcelle. Quant aux distributeurs, ils se frottent les mains avec un taux de rendement de 4,7% garanti par la Confédération pour l’exploitation des réseaux.

L’économie électrique suisse peut être comparée à celle de la santé, autre secteur où les réformes sont bloquées car qui commande ne paie pas, et inversement. La conséquence est une hausse jugée inéluctable des primes.

Si rien ne bouge dans le secteur de l’électricité, le consommateur final subira des hausses régulières de tarifs qui seront elles aussi jugées incontournables car personne ne veut prévenir le court-circuit.

Publicité