«Cher client, nous sommes désolés, vous avez encore trop payé»: c’est en somme le message que pourrait vous adresser, en ce début 2019, votre assureur maladie. L’Office fédéral de la santé publique vient en effet d’annoncer que les primes encaissées l’an passé avaient dépassé les dépenses. Et très largement.

Or, souvenons-nous, la publication des montants pour 2018 avait été un coup de massue: 5,4% de plus à Genève et Neuchâtel, 5,9% en Valais et 6,4% pour les Vaudois, la plus forte hausse de Suisse. Et pourtant pour la même année, les coûts de la santé dans ce dernier canton ont baissé de 0,8%! De quoi lasser encore plus – si cela est possible – les assurés qui doivent s’acquitter de cette dépense obligatoire sans plus rien comprendre aux mécanismes qui la fondent.

Les fameuses réserves…

Réaction immédiate de la branche florissante de l’assurance maladie obligatoire: que chacun se rassure, les montants de nos primes encaissés en trop se trouvent dans les réserves! Ces fameuses réserves, qualifiées de «sécurité» par le président de Santésuisse, qui atteignent aujourd’hui 9 milliards de francs, il faudrait donc encore les augmenter pour assurer leur solidité financière et donc, en définitive, la sécurité des patients. Mais l’astuce ne fonctionne plus. Le marché se consolide, le nombre d’assurances a passé de 67 à 57 en seulement quatre ans, et les problèmes de solvabilité sont aujourd’hui anecdotiques.

Non, lorsque le montant global de ce trésor de guerre augmente – en une année, de 16% au niveau suisse – le doute n’est plus permis sur les dysfonctionnements du système. La loi sur la surveillance de l’assurance maladie, opportunément adoptée avant la dernière votation populaire sur une caisse publique, et qui devait remédier à plusieurs défauts de pilotage, se révèle pour ce qu’elle est: un emplâtre sur une jambe de bois, sans effet réel. La mutualisation des réserves, elle, est restée un tabou absolu dans la configuration politique du moment.

Les assureurs entonnent toujours les mêmes refrains, et la ritournelle parlementaire tourne en boucle. Comment ne pas avoir envie de changer de disque? Dans tous les cas, s’agissant de ces primes, et comme après un mauvais spectacle, il faudra formuler la demande qui s’impose: remboursez!


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Repêcher la loi sur le CO2 n’est pas suffisant

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