Au cinquième jour d’une quasi-paralysie du ciel européen, la polémique naissante ce week-end a sérieusement enflé lundi. S’il semblait normal de prendre des mesures immédiates et drastiques les premières 48 heures après l’éruption du volcan islandais, le principe de précaution est devenu difficile à justifier dès lors que des vols tests ont apporté des résultats rassurants. Alors, y a-t-il eu excès de prudence? Ou les Etats européens ont-ils fait tout faux, comme la branche – aéroports et compagnies aériennes – l’a suggéré hier en dénonçant une gestion calamiteuse de la crise?

La tentation est grande de verser dans le simplisme tandis que l’on continue, au sol, à ne rien voir ni sentir de ce maudit nuage. C’est fou comme cela fait du bien de se défouler contre un bouc émissaire. Et quelle meilleure cible que les euro­crates de Bruxelles, forcément incapables de se coordonner au service d’une Union européenne sans leadership?

Les faits, eux, sont têtus. Les informations fiables sur la concentration des cendres dans le ciel aérien font cruellement défaut. Or seules ces données permettent une appréciation éclairée du risque encouru par les avions. Que diraient ceux qui pestent aujourd’hui sur l’excès de précaution si demain un avion tombait, ses moteurs encrassés par une forte concentration locale de cendres?

Malgré sa foi dans le progrès technologique, notre société n’a pas encore su se doter des instruments d’observation directe des concentrations de particules dans le ciel aérien. Les sondes météo ne sont d’aucun secours. Les satellites sont tout aussi impuissants, eux qui peinent à distinguer le nuage de cendres dès qu’il se confond avec les autres nuages.

Devant la dispersion de cendres dans un espace si vaste, on se dit que l’échelle continentale, l’Europe, est pertinente pour chercher à combler cette lacune. Sauf que le morcellement de la surveillance du ciel aérien entre des Etats jaloux de leur souveraineté n’aide pas à unir les efforts pour trouver ensemble le meilleur moyen de s’affranchir d’un risque jusqu’à présent négligé. Tant mieux si le coût économique de cette catastrophe naturelle inédite déclenche une révision des priorités. On est toujours plus intelligent après.

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