éditorial

Le printemps des despotes

ÉDITORIAL. La réélection de Vladimir Poutine est l’occasion de nous interroger sur la fragilité de nos démocraties

La confortable réélection de Vladimir Poutine l’autorise à revendiquer une certaine popularité. Mais c’est la popularité des despotes. Car c’est bien là un trait de notre époque: un peu partout, les valeurs démocratiques sont en recul, questionnées, décriées, abandonnées. Un peu partout, les hommes providentiels sont plébiscités. Et le pouvoir se concentre de plus en plus dans les mains de quelques individus.

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De Xi à Trump

Qu’on en juge: alors que le président russe s’assurait les conditions d’une victoire qui ne souffrait aucune opposition réelle, son homologue chinois, Xi Jinping, s’est ouvert la voie d’une présidence à vie par un vote presque unanime de son parlement. Demain, le président Al-Sissi sera triomphalement reconduit à la tête de l’Egypte. Avec la conquête d’Afrine, Recep Tayyip Erdogan affirme un peu plus sa stature militaire, tout comme Bachar el-Assad pourra se décréter de nouveau maître de la Syrie après la reprise de la Ghouta.

La tentation de l’homme fort – supposé être en lien direct avec le peuple – est portée en Europe par les partis populistes qui, élection après élection, progressent partout. Leur figure de proue, Viktor Orban, sera elle aussi bientôt réélue en Hongrie. Il en va de même aux Etats-Unis, où Donald Trump ne cache pas son admiration pour les dictateurs alors qu’il élimine peu à peu toute voix divergente dans son entourage au profit d’apologistes de la torture.

Fragiles démocraties

Faire ce constat n’a rien d’anti-russe, d’anti-chinois ou d’anti-américain, comme veulent le faire croire ici certains avocats des pouvoirs forts. Il n’est pas non plus question d’un choc Occident-Russie, Occident-Chine, Occident-monde arabe, comme le proclament les chantres du relativisme culturel. C’est simplement pointer du doigt une lutte que l’on croyait dépassée mais qui revient au premier plan entre systèmes démocratiques et autoritaires. Une prise de conscience nécessaire au moment où l’Europe, lâchée par Washington, peine à trouver une voix unie face aux tenants d’un ordre débarrassé de l’Etat de droit.

On peut tenter de se rassurer en rappelant que la popularité des despotes est en grande partie factice. Mais, faute de se montrer capables de leur opposer un front commun, les démocraties européennes seront de plus en plus mises au défi de leur résister dans un rapport de force inégal. Il est temps de se rappeler la fragilité de nos démocraties.

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