Nous nous souvenons tous du fameux «Dégage» des Printemps arabes, slogan visant la destitution de chefs de gouvernement, au mieux corrompus, au pire despotiques. Nous avons trouvé cela bien sympathique car le projet des foules qui manifestaient était un légitime désir de liberté, ce que nous traduisons généralement par démocratie.

Avec un aveuglement, qui tenait de la naïveté chez certains et de l’idéologie chez d’autres, nous n’avons pas voulu voir à quoi mèneraient ces soulèvements. Il était pourtant évident que la chienlit qui s’instaurerait au Maghreb et au Proche-Orient aurait des conséquences désastreuses pour leurs économies précaires et pour la stabilité de toute la région, sans bénéfice politique réel. Premières à en subir les conséquences, ces populations qui aspiraient à plus de bonheur…

L’establishment délogé

Aujourd’hui, d’autres peuples ont décidé de se débarrasser de leurs dirigeants. Il s’agit cette fois-ci des USA qui ont délogé l’establishment démocrate et républicain en votant pour l’improbable Donald Trump. Plus près de nous, la France a préféré des personnalités nouvelles et inattendues aux «valeurs sûres». MM. Sarkozy et Juppé en ont fait les frais à droite, MM. Hollande et bientôt Valls à gauche! En Grande-Bretagne, c’est David Cameron qui a payé de son poste son mauvais pari européen. En Italie, Matteo Renzi n’en a pas tiré la leçon et, lui aussi, s’est vu licencié. Non sans anxiété, nous attendons désormais les suivants.

Avec ce «Sortez les sortants», nous assistons, médusés, à de véritables Printemps occidentaux faisant curieusement écho aux Printemps orientaux. Comparaison n’est pas raison, c’est vrai, mais il serait trop simple de conclure hâtivement à une coïncidence au lieu d’analyser sans tabou ce rapprochement iconoclaste pour discerner d’éventuels points communs.

Sentiment de trahison

Comme ce fut abondamment commenté, les votes et élections récentes en Europe témoignent d’une méfiance nouvelle des peuples envers leurs institutions, ce qui était aussi le cas dans les pays arabes! Ils sont également dus au sentiment des peuples d’être dépossédés de leurs prérogatives citoyennes, l’Union européenne focalisant ce reproche.

Cette revendication démocratique était pareillement au cœur des révoltes orientales! Les populations occidentales estiment, propos de café du commerce à l’appui, que les élus censés les représenter les trahissent en négligeant, voire méprisant, leurs préoccupations. En Orient, c’était encore plus grave, avec des accusations de corruption et de népotisme dont, non sans quelques preuves, on entend aussi parler chez nous.

Rognes occidentales

L’échelle n’est évidemment pas la même, heureusement, mais les rognes occidentales semblent un écho lointain des colères orientales même si, du moins, la revendication de liberté semble n’appartenir qu’aux Printemps arabes. A voir! En effet, le poids de la bien-pensance frise chez nous l’intolérance et l’uniformité du discours de l’intelligentsia politique, académique ou médiatique aboutit à une véritable pression sociale. Il en résulte, chez une partie non négligeable des citoyens, le sentiment d’une perte de liberté de parole et de pensée, tout propos hors de la doxa étant étiqueté, catalogué, stigmatisé, condamné.

A ce point du raisonnement, est-il possible de transposer sur l’avenir des pays occidentaux le piètre succès outre-méditerranée? Tout dépendra évidemment de ce que parviendront à faire les nouveaux élus issus des révoltes populistes. Quels seront les bénéfices des déclarations tonitruantes de Trump? Quel vrai programme mettront en place un Macron ou un Fillon en France? Comment l’Italie gèrera-t-elle sa crise? Le Brexit sera-t-il ou non bénéfique à la Grande-Bretagne? L’Union européenne sortira-t-elle de son instabilité actuelle par le haut ou, au contraire, raide dans ses certitudes, perdra-t-elle définitivement la confiance des peuples?

Patience, les réponses sont pour bientôt et je parie que nous y verrons plus clair dans un an à peine.

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