Le retour aux affaires marque une sorte de sortie de crise. Un soulagement nécessaire et bienfaisant. A l’image de cette pluie qui, douce et légère, vient irriguer nos champs. On respire et on dresse un premier bilan, prudent, sachant que la libération totale n’est pas encore pour maintenant…

Ce qui me revient spontanément dans le concert d’infos publiées sur le coronavirus depuis mars dernier? L’article de mon confrère Boris Busslinger relatant, de l’intérieur, la terrible sensation de brûlure et d’étouffement vécue par Hector, un gaillard sportif de 45 ans qui n’avait jamais imaginé s’inscrire au nombre des victimes du Covid-19. «J’avais l’impression d’être bloqué. Comme dans un solarium brûlant. Et je suffoquais. Seconde après seconde», dit-il d’abord. Et plus loin, tandis que sa lutte pour respirer occupe la majeure partie de son temps: «Je ne suis pas craintif, mais là, j’ai eu peur. En vingt-quatre heures, tout a basculé. On se rend compte qu’on n’est rien. Je me suis dit que j’allais peut-être partir.»

Traversée du désert

Au-delà de la dimension morale – la maladie n’arrive pas qu’aux autres – ce témoignage me sidère, car on réalise la vulnérabilité et la solitude extrêmes ressenties quand le corps lâche. Hector a été parfaitement pris en charge par l’hôpital de Morges, qu’il remercie à la fin, ses proches ont pu lui envoyer des messages de soutien, mais le combat contre la maladie reste une lutte en solitaire à armes très inégales, un immense passage à vide, une traversée du désert.

Je suis d’un naturel joyeux, je ne veux pas plomber ce retour «à la normale» qui ravit grands et petits. J’ai pourtant une pensée pour tous ceux qui, Covid-19 ou autre, continuent à lutter seuls dans leur lit. Pas abandonnés, non. Soutenus, encadrés, soignés. Mais seuls face à l’impuissance qui les oppresse. Une sensation de fatigue extrême que tous les malades du cancer connaissent également, notamment suite aux chimiothérapies, comme l’a raconté avec tempérament, en décembre dernier, l’humoriste genevoise Ariane Borel qui vient malheureusement de décéder. «Après la chimio, on se sent comme une vieille serpillière mal essorée», constate-t-elle en plantant ses grands yeux dans les nôtres…

La nature est en joie, les enfants retournent à l’école, on rêve de vacances – en Suisse ou ailleurs – que du bonheur! J’ai envie de puiser dans ce bel élan de quoi prier pour les malades. Qu’ils se sentent forts dans leur faiblesse, profondément accompagnés dans leur solitude, portés par une force intérieure qui les galvanise.


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Le port du masque, le poids du regard

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