Editorial

Les priorités du président Barack Obama

A l’heure de son sixième discours sur l’état de l’Union devant le Congrès, Barack Obama fait face à un paradoxe. L’économie américaine est en pleine reprise et promet une croissance soutenue pour 2014. Dans le même temps, les inégalités sociales se creusent, continuant de faire grossir les rangs des working poor. Or, même si davantage d’emplois ont été créés sous l’administration démocrate que durant les huit ans de la présidence de George W. Bush, le nombre de bénéficiaires des bons alimentaires (food stamps) a explosé (48 millions). Le président américain paie le prix, en termes de popularité, de cette apparente contradiction. Car une Américaine sur trois est proche du seuil de pauvreté. Deux tiers des familles dépendent désormais du revenu des mères. Les Etats-Unis restent pourtant l’un des pays où les femmes se sont le plus rapidement affranchies des schémas traditionnels. Mais elles sont les premières à souffrir de la pression sur les salaires et des changements sociaux majeurs intervenus au niveau de la famille.

Il reste trois ans au président américain pour tenter de revaloriser les salaires et la classe moyenne, et permettre aux femmes de devenir des acteurs économiques dignes de ce nom et garants d’une prospérité nouvelle. La tâche de Barack Obama promet d’être difficile.Le phénomène des inégalités, dénoncé même par la directrice du FMI, Christine Lagarde, comme facteur d’instabilité économique est multifactoriel. Il implique d’agir au niveau tant des salaires, de la formation que de la fiscalité. Barack Obama a toutefois développé, avec les démocrates, un plan d’action qui pourrait faire mouche à dix mois des élections de mi-mandat. Il compte agir, même par décrets présidentiels s’il le faut, pour venir en aide à ces Américains qui, derrière l’embellie économique, luttent contre la précarité. Une manière de faire écho à une personnalité qu’il vénère, Martin Luther King, qui, voilà 50 ans, plaidait pour davantage de «justice économique».

Refusant de prolonger l’assurance chômage pour 1,3 million de sans-emploi et d’augmenter le salaire minimum fédéral, en passe de couper à la hussarde dans le budget alloué aux bons alimentaires, les républicains sont de plus en plus perçus comme étant insensibles aux maux de la société américaine. Les démocrates ont beau jeu de faire des inégalités un thème prioritaire pour tenter de conserver, en novembre, une majorité au Sénat dont Barack Obama aura encore grandement besoin.