Les Etats-Unis ont abandonné leur rôle de gardien de l’ordre international fondé sur des valeurs, ils se retirent de bon nombre d’institutions internationales et contestent le multilatéralisme dans lequel ils voient une contrainte: c’est Gulliver entravé. L’absence de leadership américain pèse sur le système international depuis que la Maison-Blanche a décidé que les intérêts de sécurité des Etats-Unis n’étaient plus compatibles avec le fonctionnement d’un ordre libéral stable, reposant sur des alliances fortes. La Chine tente de se substituer à la première puissance mondiale, notamment au sein des organisations internationales. Mais elle applique un modèle opposé à celui pratiqué par les Etats-Unis depuis 75 ans. Elle met en cause la démocratie et la liberté individuelle et favorise la forme de pouvoir autoritaire du Parti communiste chinois où l’Etat dicte leur comportement aux citoyens. Elle applique une politique de puissance qui devrait lui garantir la maîtrise des technologies nouvelles et des infrastructures telles que Routes de la soie, intelligence artificielle, souveraineté numérique et cyberespace. La politique étrangère de Pékin est devenue encore plus nationaliste et plus agressive, à l’appel des «loups guerriers», ces diplomates inspirés par deux films très populaires de combattants impitoyables, rendant coup pour coup.

L’exemple du Royaume-Uni

Cependant, les Etats-Unis ayant déposé leur couronne, les pays qui ont en partage les idéaux d’une organisation du monde respectueuse du droit international, de la liberté, des droits de l’homme et du libre-échange peuvent-ils se choisir un nouveau roi? La question est évidemment spécieuse. Nul Etat n’est en mesure de reprendre seul le manteau délaissé par Washington. En revanche, l’Union européenne, et en son sein surtout la France et l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada pourraient proposer plus systématiquement à une coalition d’Etats volontaires de prendre des initiatives, à l’ONU ou en dehors – ils l’ont déjà fait ponctuellement. Il s’agirait de développer les fondements de la société internationale telle que nous la connaissons et de maintenir la flamme du multilatéralisme dans le monde de l’après-Covid-19.