Bien des choses ont été dites et écrites sur le programme d'armement 2004. Il s'agit probablement pour le public du résultat le plus visible en matière de planification de l'armée. Les programmes d'armement ne sont toutefois que le dernier maillon d'une longue chaîne d'étapes de la planification.

Pendant la Guerre froide, l'armée était manifestement conçue pour faire face à une agression militaire. Aujourd'hui le risque d'une attaque de la part de forces armées traditionnelles est moindre et a été supplanté par diverses menaces contre lesquelles l'armée s'efforce de lutter. Le degré de probabilité que de telles menaces surviennent peut changer car celles-ci proviennent de plus en plus d'acteurs non étatiques et d'actes de violence militaires non conventionnels. L'armée doit être capable de s'adapter à ces situations et, en conséquence, d'orienter sa structure. La planification de l'armée n'est donc pas axée sur les risques d'attaque, mais sur les capacités en vue de pouvoir réagir de manière flexible aux changements rapides du contexte.

L'accomplissement d'opérations de défense classiques en réponse à une attaque militaire est peu probable dans un proche avenir. En outre, il faut compter sur un allongement du délai de préalerte et de préparation. La capacité à assumer dans sa totalité la mission constitutionnelle de la Défense est donc moins prioritaire que l'appui des autorités civiles et le soutien à la paix. Il faut ajouter à cela la pression croissante pour réaliser des économies. La modification des priorités doit donc être fixée au détriment de la disponibilité et de la capacité de défense au sens étroit du terme.

Renoncer totalement à la capacité de défense n'est pas le meilleur choix pour la Suisse ni en matière de capacités ni en matière de savoir-faire. Le plan directeur de l'armée répond à cette situation grâce à la montée en puissance. Le maintien du savoir-faire ayant trait à la défense en est une condition sine qua non. La compétence clé de la Défense est assurée par des noyaux de montée en puissance. Cela peut se réaliser concrètement en diminuant la taille des formations de combat et d'appui au combat des Forces terrestres, mais de manière à ce que ces dernières soient encore capables de bien se défendre sur le plan militaire. De cette façon, il serait possible de maintenir le savoir-faire dans ce domaine et de continuer à le développer avec le but de pouvoir engager une task force de la taille d'une brigade et d'assurer une potentielle montée en puissance. En optant pour cette mesure, l'armée tient compte non seulement du transfert de tâches vers la sûreté sectorielle, mais aussi de la possibilité d'une montée en puissance.

Les bases légales et constitutionnelles ainsi que le plan directeur de l'armée forment le cadre pour le développement ultérieur de l'armée. Le plan directeur de l'armée définit l'engagement, les moyens, l'organisation et l'instruction de l'armée ainsi que le niveau technologique à atteindre et à maintenir («Il faut viser un niveau comparable aux autres Etats européens», chiffre 9.3). Comme conséquence des programmes de stabilisation et d'allégement déjà décidés, des restrictions de crédits et de coupes ciblées, le budget de l'armée a d'ores et déjà été imputé d'environ 300 millions de francs (budget actuel: 4 milliards de francs alors qu'il y a encore 3 ans, celui-ci atteignait 4,3 milliards, une somme considérée alors comme réaliste). Le programme d'allégement 2004 prévoit toutefois d'autres coupes. Dès 2007, il est prévu que le montant total du budget de l'armée ne soit plus que d'environ 3,85 milliards de francs.

Sur la base des directives de politique de sécurité à long terme, l'état-major de planification de l'armée établit, pour un intervalle de temps allant jusqu'à 16 ans, une planification grossière des forces armées à moyen et à long terme et fixe par avance les capacités réglementaires. Avec la planification de l'évolution des forces armées à moyen terme, l'état et les prestations de l'armée sont décrites dans le «plan général de l'évolution des forces armées et de l'entreprise» pour un intervalle de temps allant jusqu'à 8 ans. Une planification des investissements est établie sur cette base. Dans un intervalle de temps compris entre 2 et 4 ans, des projets concrets sont lancés au moyen des EEP (études de projets, essais et préparatifs d'achat) et de la planification des biens immobiliers. Dans l'optique de programmes d'armement ultérieurs et de messages sur l'immobilier militaire, des jalons sont donc posés. Intervalle de temps compris entre 0 et 2 ans: les messages sur l'armement et sur l'immobilier militaire adoptés par le Conseil fédéral et le Parlement sont le résultat visible de la planification à moyen et à long terme.

Dans le cadre de la planification de l'évolution des forces armées, l'état-major de planification a défini l'automne dernier les bases à moyen terme et fixé les priorités en matière d'armement en s'appuyant sur les catégories de capacité. La capacité de conduire et d'explorer dans toutes les situations est au centre des priorités. Les possibilités d'adaptation de l'armée à des conditions-cadres modifiées et un système flexible de logistique et d'acquisition constituent une deuxième priorité. Le camouflage, la protection, la mobilité et l'effet des armes ne forment que la troisième priorité. L'établissement de la liste de chacune des capacités requises en rapport aux domaines de l'aide humanitaire/de la promotion de la paix, des engagements subsidiaires de sûreté ainsi que de la sûreté sectorielle et de la défense génère un catalogue des capacités. Partant de «l'état des lieux» au moment du démarrage de l'Armée XXI, les besoins en changements ont été établis jusqu'à l'horizon 2011. Les changements en matière de capacités peuvent être divisés en quatre domaines: 1. nouvelle organisation (par ex. la conduite assistée par ordinateur, la maîtrise accrue de l'information); 2. poursuite du développement (par ex. le transport aérien); 3. réduction du volume (par ex. l'infrastructure de combat); 4. pas de nouvelle organisation (par ex. la logistique appropriée au champ de bataille).

La modernisation du matériel doit en premier lieu être orientée vers les engagements probables: sauvegarde des conditions d'existence, promotion de la paix et sûreté sectorielle. A cet égard, le savoir-faire en matière de défense doit (comme il a été mentionné auparavant) être maintenu. C'est pourquoi, à l'avenir, des investissements dans le domaine de la Défense sont nécessaires à un niveau technologique suffisamment élevé. Les investissements ne doivent être dirigés plus que vers les noyaux de montée en puissance. Il faut renoncer à équiper toutes les formations sur l'ensemble du territoire sauf en cas de force majeure. Les investissements en équipement doivent s'effectuer en fonction de l'accroissement de l'efficacité. En d'autres termes, les investissements dans les capacités relatives à la conduite et à l'exploration dans toutes les situations ont plus d'importance que ceux qui portent sur l'amélioration de la protection, de la mobilité et de la puissance de feu. Les priorités en matière d'investissements ont été fixées jusqu'en 2011 par rapport à cette base. Il en va de même pour le programme d'armement 2004.

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