éditorial

Le juste prix

Seule une «minorité de clients» est concernée, selon les banques. Alors, pourquoi nourrir des «attentes qui n’ont pas lieu d’être»? Pourquoi échauffer les esprits au sujet des «rétros», ces incitations commerciales versées aux conseillers financiers afin qu’ils prescrivent un fonds de placement à la clientèle?

Parce que la pratique, symbole des riches heures de la place financière, en a longtemps été le secret le moins bien gardé. Tout le monde l’évoquait. Mais en passant. Or le pointer sans témoignage, sans contrat de versement de «rétrocommissions», sans audition de procès, c’est diffamer. Une banque. Et toute une profession. Ou parce que les promoteurs des fonds liés par exemple à Madoff – qui ne lésinaient pas sur les «com’» – ont rencontré ici un bon accueil. Et parce que la plus haute cour de justice a osé le mot. «Conflit d’intérêts». Si votre conseiller place votre argent dans ce produit, ce n’est peut-être pas lié à ses seules qualités. Diffamation?

Le Tribunal fédéral a jugé le cas d’un client ayant abandonné le placement de son patrimoine à son banquier. Pourtant, au sein des établissements, les réunions de juristes s’enchaînent. Comme dans un mauvais «remake», le secteur voit poindre la menace de payer pour son passé. En remboursant les rétrocommissions perçues; peut-être dix ans durant. Horreur. Une ardoise qui pourrait déstabiliser certaines banques, dixit l’autorité de surveillance. Horreur.

Les établissements répliquent en ordre dispersé. Il y a ceux qui préfèrent faire un geste. Le client est roi. Et ceux qui attendent de se voir poursuivis en justice. Après tout, ne s’agit-il pas que d’une «minorité de clients»?

Attendre. Gagner du temps. Et diffuser un autre élément de langage. Celui du «à quoi bon». A quoi bon diaboliser les banques avec ces commissions? Si ces incitations disparaissent, des frais plus élevés seront facturés au client en contrepartie. Celui-ci n’y aurait donc rien gagné au final. Oui, à quoi bon interdire à votre supermarché de toucher une «com’» pour ranger les lasagnes Della Mamma sur ses linéaires, quitte à ce qu’elles s’avèrent en fait cuisinées au cheval? La fin de ces incitations – et les efforts de sélection requis – fera certes grimper les tarifs. Mais le client paiera un prix plus juste.

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