Longtemps protégé, parfois surprotégé, le secteur agricole est aujourd'hui confronté à une transformation radicale qui provoque de l'incompréhension mais qui est pourtant incontournable. La longue chaîne de prise en charge étatique du lait, de sa transformation en fromage et de l'exportation de pâtes dures à hautes doses s'est brisée. C'est une réalité. Si le changement paraît aujourd'hui si abrupt, c'est parce qu'on n'a pas su l'amorcer quand il aurait fallu le faire. Faut-il rappeler les scandales liés à la défunte Union du commerce du fromage, dont on ne s'est rendu compte que trop tardivement qu'elle conduisait l'agriculture suisse dans une impasse?

Aujourd'hui, la situation a complètement changé. Avec l'entrée en vigueur des accords bilatéraux, la Suisse fait désormais partie de l'Europe du fromage. Elle a obtenu un délai de cinq ans pour s'adapter et libéraliser intégralement les échanges commerciaux. Ce délai est court et sans doute brutal pour de très nombreux producteurs. Il est malheureusement impératif. Il exige notamment que le mode de fixation du prix du lait soit fondamentalement réformé, car, sinon, les fabricants de produits fromagers helvétiques n'auront aucune chance de s'imposer sur le marché européen.

Les négociations entre les producteurs et les acheteurs ne sont cependant pas faciles, car l'Etat, qui jouait le rôle d'arbitre, s'est retiré. Comme il aime à le faire, parce qu'il est très attaché aux lois du marché, Pascal Couchepin se place désormais en position d'observateur. Il est d'ailleurs révélateur qu'il ait davantage réagi mercredi à la reprise des activités fromagères de Swiss Dairy Food par Emmi qu'aux soupirs de lamentation poussés par Fernand Cuche sous les fenêtres de son chalet valaisan. Le conseiller fédéral montre ainsi qu'il accorde plus d'attention aux acteurs du marché qui sont prêts à relever les nouveaux défis qu'à des manifestants qui lui paraissent passéistes. En réagissant de cette manière, Pascal Couchepin confirme cependant son incapacité à trouver les mots qui sauront rassurer ceux qui s'inquiètent, à juste titre, pour leur avenir.

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