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Le Ministre de la Justice et des affaires intérieures, Morgan Johansson (à gauche), et le leader du groupe parlemantaire du parti social-démocrate, Anders Ygeman (à droite), tiennent une conférence de presse, Stockholm, septembre 2018.
© Jonas Ekstromer/AFP Photo ©

Editorial

Le prix de la générosité suédoise

EDITORIAL. Comme l'Allemagne, la Suède a assumé ses responsabilités sur le front de l'immigration. Mais, en Europe, les pays les plus généreux paient aujourd'hui le prix politique d'un poids inégalement réparti

Six mois après le séisme électoral italien, le basculement suédois n’a pas eu lieu. Annoncé par certains sondages comme la première force politique du pays, les Démocrates de Suède restent dans l’antichambre du pouvoir. Au terme des législatives de dimanche, le parti d'extrême-droite qui a fait campagne sur le rejet de l’immigration a certes progressé mais il a été devancé par les sociaux démocrates et la droite modérée.

Lire également notre article: La Suède, déboussolée, se cherche une majorité

La percée attendue des Démocrates nordiques a monopolisé l’attention. Les médias internationaux ont présenté la Suède comme un nouveau domino pouvant tomber face à la vague nationaliste et populiste européenne. La Suède est encore debout mais ce narratif masque le recul des partis traditionnels, une autre tendance lourde à l’oeuvre sur le continent.

Au lendemain du scrutin redouté, ni la gauche, ni la droite classiques n’obtiennent une majorité à même de gouverner, une situation incertaine qui place les Démocrates en position d’arbitre. Une solution pourrait être de former une grande coalition, sur le modèle allemand. Les deux Etats partagent une autre similitude frappante.

S’il y a deux pays européens qui ont assumé leurs responsabilités sur le front de l’immigration, ce sont bien l’Allemagne et la Suède. En 2015, au plus fort de la crise des réfugiés quand des centaines de milliers de Syriens ou d’Afghans se sont engouffrés dans la brèche des Balkans, Berlin et Stockholm ont ouvert leurs frontières, alors que les anciens pays de l’Est se barricadaient.

Mais aujourd’hui est venu le temps de payer l’addition politique. En Allemagne, l’AfD dépasse désormais les sociaux-démocrates pour se placer derrière la CDU de la chancelière Angela Merkel. Le pays, qui se croyait immunisée face à la violence d’extrême-droite, est le théâtre de chasses à l’étranger. La Suède, où le règne de la socio-démocratie paraissait immuable, va devoir trouver une nouvelle formule politique.

Est-ce dire qu’une politique d’asile généreuse, même temporaire, était une erreur historique? Ce serait oublier le contexte dramatique de 2015, quand l'Europe faisait face à une véritable crise humanitaire avec des centaines de milliers d'exilés sur les routes. L'Allemagne et la Suède ont aussi fait un calcul économique, alors que leur main d'oeuvre était vieillissante. Un pari sur l'avenir qui s'accommode mal des échéances électorales immédiates.

Surtout, Berlin et Stockholm se sont retrouvés bien seuls. La solidarité européenne aurait voulu que les autres pays de l'Union prennent leur part de réfugiés. Il n'en a rien été et, double injustice, ce sont les pays les plus généreux qui paient aujourd'hui le prix politique de ce poids inégalement réparti. Longtemps abandonnée face aux arrivées par les Méditerranée, l'Italie a franchi le pas, en donnant les clefs du pouvoir aux national-populistes.

Il est temps de reconnaître que le rejet l'immigration constitue l'unique carburant des Démocrates suédois et de leurs cousins européens. Les autres partis auraient intérêt à ne pas laisser ce thème crucial à des forces politiques aux remèdes simplistes et expéditifs.

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© Gabioud Simon (gam)