Genève s’apprête à réformer l’aide sociale, avec pour double objectif d’accroître son soutien aux personnes vulnérables et de favoriser leur retour à l’emploi. Le processus est lent et complexe. Et nécessaire, tant le constat d’échec du système actuel est limpide.

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Selon les statistiques officielles, le nombre de dossiers a augmenté de 50% en dix ans. Plus de la moitié des 15 000 bénéficiaires reçoivent une aide pendant trois ans au moins. Or, plus le séjour est long, plus la réinsertion est ardue. La pandémie n’ayant pas encore déployé l’entier de ses effets sociaux, il ne faut pas s’attendre à une amélioration à court terme.

Réforme urgente

Un chiffre vertigineux donne la mesure du défi: un bénéficiaire sur deux ne dispose que d’une formation primaire. Autrement dit, la scolarité de ces 7300 personnes s’est achevée au mieux à la fin du cycle d’orientation. Cette proportion avoisine 70% si l’on considère les jeunes adultes (18-25 ans) recevant une assistance financière.

Une réforme profonde, innovante, axée sur l’accompagnement et l’insertion, est urgente. Cependant, il est illusoire de penser que toutes ces personnes (ré)intégreront le marché de l’emploi, qui vit une mutation sans précédent avec la numérisation de l’économie, processus que le coronavirus a accéléré. Dès lors, l’Etat a l’obligation légale et morale de subvenir au minimum vital, tout en contenant la facture à sa charge – 410 millions de francs par année.

Un enjeu crucial

A long terme, l’enjeu crucial consiste à limiter les situations qui mènent à l’aide sociale, c’est-à-dire à lutter contre le décrochage scolaire. Obtenir un titre du degré secondaire II, qu’il s’agisse d’une formation professionnelle ou générale, constitue le bagage minimal pour réussir l’entrée dans la vie active, selon la Confédération.

Souvent critiquée pour son manque d’ambition, la Constitution genevoise, adoptée en 2012, a introduit un progrès majeur: la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Une disposition unique en Suisse, que le canton applique depuis trois ans et qui produit des effets. Le décrochage scolaire des mineurs est devenu statistiquement insignifiant.

L’affaire se corse s’agissant des jeunes adultes. Chaque année, plus de 800 élèves âgés de 18 à 25 ans «décrochent». La probabilité qu’ils rejoignent un jour l’aide sociale est très élevée. C’est ici que se mesure le véritable coût d’une école qui laisse ses enfants sur le bord du chemin.


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