Entraîné vers le haut par les cours du pétrole, l'arrivée sur ce marché sensible de nouveaux spéculateurs et la fermeté du dollar, le prix du mazout flambe. En une année, l'augmentation est d'environ 60%. Cette situation intervient au pire moment pour les petits et gros propriétaires: c'est entre mai et août que la plupart d'entre eux effectuent leurs commandes afin que leurs immeubles soient chauffés dès l'arrivée des premiers frimas.

Cette hausse va immanquablement déboucher sur des effets indirects. Premièrement, elle pèse fortement sur l'inflation: en rythme annuel, celle-ci a atteint en juillet 2% (son plus haut niveau depuis octobre 1995) mais seulement 0,8% en ne tenant pas compte des produits importés, dont le pétrole.

Deuxièmement, elle va inciter ou obliger les propriétaires à répercuter ces coûts imprévisibles sur les loyers, risquant alors de provoquer un cercle vicieux alimentant l'inflation.

Enfin, comme le pétrole est de plus en plus otage des mouvements financiers spéculatifs et que la hausse des prix concerne l'ensemble des consommateurs et qu'elle pèse sur l'inflation, elle est susceptible d'inciter les banques centrales à renchérir à la fin de cet été le coût de l'argent. La prochaine réunion ministérielle de l'OPEP, en septembre, sera donc importante: en ouvrant un peu son propre robinet depuis quelques semaines, l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial, calme déjà quelque peu ce marché.

Dans ce contexte turbulent, il est dommage que la consommation d'énergie en Suisse ne soit pas davantage diversifiée. Selon les statistiques de la compagnie Shell, plus de 60% de cette consommation s'effectue via les produits pétroliers. L'électricité ne pèse que 21%, le gaz naturel à peine 11% alors que le bois, les déchets industriels et autres énergies renouvelables ne représentent que des miettes. Certes, la part des produits pétroliers a sensiblement diminué depuis 1973, avant le premier choc pétrolier, quand ces produits représentaient 80% de la consommation d'énergie en Suisse (le baril de pétrole valait alors 6 dollars au lieu de 29 dollars aujourd'hui). Cette forte dépendance reste malsaine.

«Nous n'avons pas de pétrole, mais nous avons des idées»: pourquoi ce slogan inventé en France ne serait-il pas adopté en Suisse?

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