éditorial

Le prix de la sécurité

La démocratie est-elle en danger?

La démocratie est-elle en danger? Les fuites qui ont permis de découvrir l’étendue des activités de surveillance téléphonique et électronique de la National Security Agency ont suscité l’indignation de Washington face au «traître» Edward Snowden. Les violations de la sphère privée par le gouvernement, par des sociétés internet complices et par des sous-traitants privés de la sécurité d’Etat n’ont en revanche soulevé que peu de protestations.

Aux Etats-Unis, la peur du terrorisme étranger ou intérieur produit un double effet: l’Etat se croit autorisé à développer de façon secrète un appareil de surveillance dont la puissance a été décuplée par les technologies électroniques. Manifestement marqués par les attentats du 11 septembre 2001 et la rhétorique sécuritaire des responsables politiques depuis plus d’une décennie, les citoyens américains se sont résignés. Ils ont fini par intégrer le prix de leur sécurité. Ils sont prêts à accepter la disparition progressive de leur sphère privée.

Dans un pays réputé pour son individualisme acharné, le constat est troublant. S’il y a toujours eu conflit entre les intérêts sécuritaires de l’Etat et la sphère privée, on assiste aujourd’hui à une sorte de basculement dont le maire de New York se fait l’écho. A ses yeux, il conviendra à l’avenir de réinterpréter la Constitution pour permettre à l’Etat de mieux combattre une menace terroriste décrite désormais comme permanente. Ce réalisme radical équivaut à une démission. A l’octroi d’une victoire symbolique aux terroristes du 11-Septembre pour qui la démocratie et la liberté individuelle sont des ennemis à abattre.

Même si personne ne se faisait d’illusion quant aux activités de renseignement de la première puissance mondiale, leur ampleur et leur caractère ultra-secret accroissent le danger qu’elles font courir à la démocratie américaine. Or, ni le Congrès ni l’administration Obama ne sont prêts à engager un débat national sur la question. Le Patriot Act apparaît comme la norme de référence interprétée de façon extensive par un Etat qui sape les fondements mêmes de son rayonnement.

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