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Christoph Blocher et Pietro Supino le 18 avril 2018 à Bâle. lors de l'annonce du rachat de la «Basler Zeitung» par Tamedia à l'ancien conseiller fédéral.
© GEORGIOS KEFALAS/KEYSTONE

Médias

Le problème n'est pas chez Tamedia, mais bien chez nous

OPINION. Pour Eric Denzler, Tamedia ne se trompe pas de stratégie mais applique celle qui lui a réussi dans sa zone d’influence, c’est-à-dire en Suisse alémanique. Aux Romands de s'en inspirer

Je viens de lire l’article de votre rédacteur en chef dans Le Temps de ce lundi «Pourquoi Tamedia se trompe de stratégie». Je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec lui. D’accord, quand il estime que cette stratégie ne s’applique pas à la Suisse romande. Pas d’accord, quand il pense que la stratégie de Tamedia est fausse à 100%.

Lire aussi: Pourquoi Tamedia se trompe de stratégie

Si vous vous mettez dans les souliers des actionnaires de Tamedia, ceux-ci font tout juste. Aidés par des consultants aux impératifs purement économiques, ils mettent en place une stratégie qui maximise les profits et élague tous les coûts superflus. Dans cette optique, des journaux qui, année après année, font des pertes, ne sont simplement pas viables et doivent être éliminés. De plus, dans l’optique zurichoise, ce qui est bon pour Zurich est bon, sinon pour le monde entier, en tout cas pour la Suisse! Donc, Tamedia ne se trompe pas de stratégie mais applique celle qui lui a réussi dans sa zone d’influence.

Une différence culturelle

A mes yeux, le problème n’est pas chez Tamedia mais bien chez nous, Suisses romands. Et il n’est pas financier mais culturel. Avec un tiers de ma carrière à Zurich et les deux tiers en Suisse romande, je crois avoir une bonne vision des différences culturelles profondes qui caractérisent ces deux régions.

A Zurich, l’importance de la grande industrie et des banques commerciales est prédominante et c’est le grand capital qui commande. Ses patrons se connaissent, s’apprécient et sont les vrais maîtres, non seulement de l’économie, mais également de la culture et de l’information. En échange du niveau de vie extrêmement élevé qu’ils garantissent à une grande majorité, ils obtiennent un consensus social qui leur permet de fonctionner sans à-coups, laissant le pouvoir politique, secondaire à leurs yeux, croire en sa puissance, alors que, de facto, il est à leur botte, et cela de la gauche à la droite. Et dans cet environnement, n’ayons pas peur de le répéter, la stratégie de Tamedia est correcte et se sent confortée par les résultats obtenus.

Il n’en va pas de même en Suisse romande. Alors que Zurich domine largement le reste de la région, avec une petite exception pour Bâle, aux mains de la pharma, nous n’avons que très peu de représentants du grand capital chez nous. Un centre de gravité est bien en train de se former dans l’Arc lémanique, mais il n’a pas encore l’importance de Zurich. En termes relatifs, le pouvoir politique est beaucoup plus influent qu’en Suisse alémanique, ce qu’illustre d’ailleurs l’intervention du gouvernement vaudois dans le conflit du Matin. Votre journal fait de grands efforts pour devenir «Le» journal suisse romand mais il n’a de loin pas l’influence que peuvent avoir la NZZ ou le Tages-Anzeiger. Et aucun Blocher ne se profile à l’horizon pour racheter les publications en perdition. La maîtrise de l’information n’est pas le souci de nos entrepreneurs et banquiers, alors qu’elle paraît essentielle à leurs homologues alémaniques.

Il faut une presse régionale forte

Economiquement, la Suisse romande dame le pion à la Suisse alémanique. En matière de contrôle de l’information, elle abandonne ce facteur essentiel de puissance ou aux Zurichois ou aux Allemands, comme c’est le cas pour Le Temps [qui fait partie de la coentreprise Ringier-AxelSpringer, ce dernier groupe étant un éditeur allemand, ndlr].

En conclusion, je pense que, soit il se trouvera des entrepreneurs et/ou des banquiers basés à Genève, Lausanne ou encore Neuchâtel pour prendre toute la mesure de l’importance de contrôler l’information, soit nous serons bientôt abreuvés de traductions approximatives émanant de rédactions basées dans ce qui reste, envers et contre tout, la métropole économique de notre pays. Ce ne sera pas de la faute de Tamedia, ce sera la nôtre.

Si nous voulons préserver les spécificités qui font le succès de notre région, il est essentiel de disposer d’une presse régionale forte, indépendante et libre. Dans ce contexte, il devient essentiel qu’elle soit aux mains de personnalités qui, tout en respectant les us et coutumes suisses, lui assurent son existence propre. Sinon la pensée unique prévaudra et ce sera le début de la fin du miraculeux consensus helvétique qui fait une force de nos différentes sensibilités.

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