Les sept Sages du Conseil fédéral ont souverainement décidé de dire non à un accord-cadre avec l’UE. Guy Parmelin, Karin Keller-Sutter et Ignazio Cassis avaient préparé leurs «éléments de langage» pour s’en expliquer. C’est donc une «pesée d’intérêts» qui a convaincu les ministres de refuser un accord institutionnel qui représentait un «changement de paradigme» que la majorité du peuple ne serait pas prête à accepter. Après dix ans de négociations, il fallait donc bien reconnaître que «ce n’était pas le bon chemin». Ou, pour le dire comme Pierre-Yves Maillard, nous sommes en fait confrontés à un problème d’incompatibilité philosophique avec l’UE. Trop néolibérale pour la gauche et trop sociale pour la droite.

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Pour le détail, les Suisses sont invités à lire le rapport de 35 pages résumant ce grand désaccord. Et qu’y lit-on? Sur la question des aides d’Etat, l’Europe entrait en matière sur les demandes suisses pour autant que les deux autres points faisant litige trouvent une solution.
Sur la protection des salaires en lien avec les travailleurs détachés, contrairement à ce que disent le Conseil fédéral et les syndicats, Bruxelles s’était rapprochée de la position suisse avec l’acceptation du principe «à travail égal, salaire égal».

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La protection des salaires, comme l’expliquait Jean-Claude Rennwald dans ces colonnes, relève de l’extension des CCT, un débat interne à la Suisse et non lié à l’Europe. Reste le 3e point, celui qui faisait véritablement problème: la directive européenne sur la citoyenneté. Elle n’était pas explicitement mentionnée dans le projet d’accord, mais elle complète la libre circulation des personnes. Berne demandait «uniquement» d’exclure «7 dispositions» (seuls trois sont listées) de ladite directive? Bruxelles refuse pour une question de principe «et de justice». Céder, pour le Conseil fédéral, c’était changer de «paradigme».

Déchirons ce texte mal fichu! La coalition des souverainistes de droite et de gauche l’emportait. Keller-Sutter, Parmelin et Cassis ont toutefois ajouté: «Mais n’en doutez pas, la Suisse partage les mêmes valeurs que l’Europe!» En toute autonomie. Fin du débat? Il ne fait que commencer.