A Bari, l'éditeur Alessandro Laterza n'est pas n'importe qui. Président de la Confindustria Bari, l'association des industriels de la province, il reçoit souvent des intellectuels de haut vol au «salotto Laterza».

Le Temps: Quel regard portez-vous sur la question méridionale?

Alessandro Laterza: On reparle toujours du Mezzogiorno à l'approche des élections, mais dans les faits, on ne fait pas grand-chose. A l'exception peut-être du gouvernement de centre gauche de Carlo Azeglio Ciampi entre 1993 et 1994, qui a lancé un vrai programme en faveur du Mezzogiorno. Il n'y a malheureusement pas eu de suivi. Mais toute politique qui continue d'aborder les problèmes du Sud comme des questions purement locales aura très peu d'effets. Le Mezzogiorno est une région qui fait partie de l'Italie, qui elle-même fait partie de l'Europe.

- Le Mezzogiorno a reçu des fonds importants de l'Etat central et de l'Union européenne. Sans effets?

- Le Mezzogiorno a absorbé d'importantes ressources qui ont bénéficié aux entreprises. Mais avec le temps, l'effet positif de ces aides s'est estompé. Il est en revanche faux d'affirmer que le Mezzogiorno a profité d'un niveau élevé d'investissements publics. Dans l'éducation, les transports et la santé, ils ont été moins importants que dans le Nord. Les fonds européens ont en fait servi à compenser le déficit d'investissement.

- Le Mezzogiorno doit-il craindre le fédéralisme fiscal que la Ligue du Nord entend imposer au sein du gouvernement Berlusconi?

- Umberto Bossi estime que la majorité des recettes fiscales doivent rester en Lombardie. Seule une petite partie pourrait être versée à un fonds de péréquation. A mon avis, il est très important de rendre les régions d'Italie davantage responsables de leurs propres dépenses. Une chose que le Mezzogiorno n'a pas su faire. Mais si nous acceptons un tel fédéralisme, alors mettons tout sur la table. On ne peut plus conserver les statuts spéciaux dont bénéficient le Trentin, Bolzano, le Frioul, la Sardaigne ou la Sicile.

- Vous critiquez le manque d'investissements publics. Où ce manque se fait-il le plus sentir?

- Certaines infrastructures doivent être clairement améliorées, comme l'autoroute Salerno-Reggio Calabria. Il est aussi impératif d'avoir une liaison ferroviaire à haute vitesse entre Bari et Naples pour supprimer la fracture entre les deux côtes de la Péninsule. Il serait aussi bon de rationaliser la gestion des ports de Tarente et de Reggio di Calabria.

- La criminalité organisée n'est-elle pas une plaie pour le Sud?

- C'est un énorme problème, en particulier en Campanie avec la Camorra, en Calabre avec la 'Ndrangheta et en Sicile avec la Mafia. En ce sens, l'affaire des ordures de Naples est emblématique. L'inefficacité des autorités locales est inexcusable. Mais elle est en partie due à la Camorra, qui a de puissants intérêts dans le trafic de déchets. Dans son livre Gomorra, Roberto Saviano révèle que des millions de tonnes de déchets toxiques ont été déversés en pleine nature en Campanie. Ces déchets n'ont de loin pas tous été produits ici. Le problème n'est pas que local. Il est international.

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