Une longue et minutieuse enquête policière. Plus de 800 témoignages. Un dossier d’instruction de 65 tomes. Des milliers de procès-verbaux. Des audiences jusqu’au 10 novembre. La Cour d’assises spéciale qui a entamé, mercredi à Paris, le procès des attentats du 7 au 9 janvier 2015 sera d’abord une longue plongée dans l’histoire de deux dérives: celle des frères Chérif et Saïd Kouachi – auteurs du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo – et celle d’Amedy Coulibaly, tueur d’une policière municipale puis de quatre personnes lors de la prise d’otages de l’Hyper Cacher.

C’est sur ces dérives, depuis les premières fréquentations islamistes des frères Kouachi au sein de la filière dite des Buttes-Chaumont au début des années 2000 jusqu’à la radicalisation en détention du délinquant Coulibaly, que les enseignements du procès seront les plus intéressants. La mort des trois tueurs sous les balles des forces de l’ordre à quelques minutes près le 9 janvier 2015 ne doit en effet surtout pas refermer le couvercle du silence sur cette tragédie qui a coûté la vie à 17 personnes, dont une brochette de dessinateurs et de journalistes habitués à brocarder toutes les institutions.

Même s’ils n’ont pas directement participé aux attentats, et même si trois autres accusés sont en fuite, les 11 prévenus présents au tribunal sont des éléments clés de l’effroyable engrenage qu’est l’islamo-terrorisme. Détailler leur parcours, trafics, banditisme, prisons et mosquées, sur fond de conflit en Irak et en Syrie, doit permettre de comprendre – et, espérons-le, de mieux prévenir – la folie meurtrière djihadiste que l’islam modéré et l’immense majorité des musulmans doivent regarder en face et combattre. Car ils en sont les premières victimes. 

Pour l’ouverture de ce procès, Charlie Hebdo a choisi de réimprimer les caricatures de Mahomet à l’origine du massacre du 7 janvier. Cette décision peut bien sûr être contestée. Les musulmans sont en droit de se sentir offensés par ces dessins, comme peuvent l’être d’autres croyants lorsque leurs convictions sont tournées en dérision. Mais cette réaffirmation de la liberté de blasphémer, protégée en France par la laïcité républicaine, est un message adressé à la société dans toutes ses composantes. Et, au-delà, à nos démocraties avec lesquelles l’islam est évidemment compatible: en janvier 2015, c’est la liberté de penser, et le fait d’être juif, que trois voyous islamistes fanatisés ont assassinée.


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