Dès le premier jour, l’accusé tient le haut du pavé. Il règne sur le tribunal, pérore, exige, nargue. C’est son droit! Il bénéficie de l’assistance d’un avocat nommé d’office, c’est la loi. Il en veut un deuxième, c’est son droit et l’Etat en payera donc deux. L’Etat c’est nous, à travers nos impôts, évidemment. Il fait perdre une matinée à la Cour en demandant la révocation de son premier avocat, c’est aussi son droit et tout le monde poireaute. Il passe deux heures à faire sa psychanalyse avec ses défenseurs, devant l’assemblée outrée. C’est son droit, il ne s’en prive pas. Il ose des propos outrageants et se moque de la partie adverse en affirmant que bien des objets peuvent tuer. C’est son droit, et il ironise donc sur ses agissements abjects…

Une famille aussi digne que l'inculpé est indigne

En face, il y a la famille de la victime. Des parents, une sœur, qui attendent depuis trois ans que les faits soient éclairés et que la justice soit rendue. Une famille aussi digne que l’inculpé est indigne. Une famille qui ne fait pas de psychodrame public, Dieu sait pourtant tout ce qu’elle pourrait dire! Une famille devant laquelle la Cour ne peut même pas exiger que l’inculpé contrôle ses propos choquants. Pourtant, ne l’oublions pas, cette famille représente la jeune morte puisque celle-ci, faut-il le rappeler, n’est plus là pour faire valoir sa version des faits ni pour contredire son assassin. Pardon, son «présumé» assassin, est-on tenu de dire. Marie serait-elle, par symétrie, une «présumée» victime? Même les mots viennent démontrer combien la Justice est plus attentive aux droits des accusés qu’à ceux des victimes.

Si ce procès intéresse tant, outre la compassion qu’inspire Marie et sa famille, c’est parce qu’il est susceptible de se terminer sur une inculpation d’internement à vie, soit la cinquième à être prononcée en Suisse. Cette sanction, qui ne figurait pas au Code pénal, y a été introduite après le succès (56%) devant le peuple en 2004 d’une initiative l’exigeant pour les délinquants sexuels ou violents jugés durablement non amendable. Pour la prononcer, il faut que deux experts médicaux indépendants statuent semblablement sur l’incurabilité hautement probable de l’individu.

Ni punir ni protéger

En raison d’un risque de récidive jugé important, la libération anticipée du condamné est interdite ainsi que les congés. Seules deux raisons peuvent amener une relaxe: soit une avancée scientifique permettant de soigner le coupable, soit son propre état de santé ou de vieillesse le rendant inapte à commettre de nouveaux crimes. Il faut savoir que, dans trois des quatre cas de condamnation à l’internement à vie, le Tribunal fédéral a cassé la décision des juges. Mais, malgré toutes ces cautèles, il se trouve des milieux pour dénoncer cette peine comme contraire aux droits de l’Homme. Un conseiller national avait même dit s’être «bouché le nez» au moment de voter la loi d’application jugée à ses yeux «contraire aux principes fondamentaux de notre ordre juridique, ou au moins très proche de la limite de ce qui est admissible.» Cela veut dire en clair que notre société ne veut plus ni punir ceux qui contreviennent lourdement à ses lois ni protéger durablement la société.

Aujourd’hui, il faut dire et répéter qu’en décidant de relâcher un jour un individu dangereux pour respecter son droit à la vie, on choisit en même temps de sacrifier celle de sa prochaine victime! Je comprends que des psychiatres ne puissent, en tout état de cause, se prononcer sur l’incurabilité définitive d’un inculpé. Ils apportent une expertise, utile parmi d’autres. Mais, à la lumière de ce matériel, c’est finalement aux juges qu’il appartient de trancher en tenant compte aussi du comportement de l’accusé, de son absence de remords et de son cynisme. Comme l’a fort bien dit Me Barillon, si cet individu-là n’est pas interné à vie, alors on ne voit pas qui pourrait l’être.


mh.miauton@bluewin.ch


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