L'enquête couvre les années 2009-2012. Quelques centaines de personnes, dont de nombreux syndicalistes, et des candidats à l'embauche ont été espionnés selon l'accusation, qui affirme que leurs antécédents judiciaires ou leur train de vie ont été scrupuleusement examinés. Des clients trop râleurs aussi auraient fait l'objet d'enquêtes. Comment ne pas s'intéresser au procès pour espionnage d'Ikea France qui commence ce lundi devant le tribunal correctionnel de Versailles, quand la marque domine le marché mondial, avec plus de 400 magasins dans le monde (dont 34 en France, 8 en Belgique et 9 en Suisse)?

Des petites fiches illégales

«Au côté de l'enseigne, quinze personnes, dont deux anciens PDG, des policiers et le patron d'une entreprise de sécurité privée sont également renvoyés dans cette affaire qui avait jeté une lumière crue sur les pratiques du géant du meuble suédois» écrit Aujourd'hui en France-Le Parisien. En effet. «Dans un coffre-fort au siège d'Ikea, les enquêteurs ont mis la main sur des listes de personnes "à tester" et des factures établies, pour plus de 600 000 euros par an, au nom de plusieurs entreprises de sécurité. Lesquelles, souvent montées par d'anciens policiers, faisaient appel à leurs réseaux pour obtenir, contre rémunération (80 euros), la consultation de fichiers judiciaires». Le tout dans la plus grande illégalité, bien sûr. Ikea voulait ainsi récupérer les antécédents et le casier des candidats à l'embauche «pour éviter, selon des documents internes, de recruter des "voleurs" ou des "islamistes radicaux potentiels"». Les mentions laissent rêveuse: «A priori Gitans et considérés comme dangereux», «s'adonne au trafic de stupéfiants », voire tient un «discours antimondialiste»... «Ils ont enquêté sur ma famille et ma compagne» accuse aussi un ancien délégué syndical, visé à l'époque et aujourd'hui partie civile, toujours dans Le Parisien