L'affaire Dorsaz s'est provisoirement terminée hier avec la lourde condamnation de Jean Dorsaz à huit ans de réclusion. Son avocat va probablement recourir. Les anciens cadres de la Banque Cantonale du Valais s'en tirent avec des peines assorties du sursis, inférieures en général aux réquisitions du ministère public. Le contrôleur n'a pas complètement convaincu les juges qu'il était victime d'un complot, Hans Wyer, l'ancien conseiller d'Etat chargé de la haute surveillance de l'établissement bancaire, ayant voulu lui faire porter le chapeau. Les juges lui ont infligé une peine d'emprisonnement avec sursis.

L'écart, toutefois, entre les peines frappant le principal accusé et les anciens dirigeants de la banque montre que, pour les juges, Jean Dorsaz est le vrai coupable, celui par qui le scandale est arrivé, celui qui a entraîné dans sa chute tous ceux qui lui faisaient confiance. On aurait évidemment mal compris que les juges en viennent à diminuer la faute de Jean Dorsaz sous prétexte qu'on le laissait faire. Mais le représentant de Fully n'était pas un surdoué de la finance en face de responsables de la BCVs sans défense. C'est pourquoi, abstraction faite d'une situation juridique qui a sa logique, il était curieux aux yeux du citoyen profane de voir la BCVs assise sur le banc de la partie civile quand ses cadres occupaient celui des accusés. Il est sans doute juste de condamner sévèrement un escroc qui creuse un trou de 100 millions dans une banque d'Etat. Mais il serait encore plus juste que l'Etat mette d'emblée en place une gestion et des contrôles qui empêchent de pareils dérapages. Les juges doivent fixer la peine d'un condamné en fonction, notamment, de sa situation personnelle, de sa formation, de ses compétences. Le procès aura montré que celles des dirigeants de la BCVs étaient singulièrement faibles. Les laisser sévir a été une faute politique incalculable. C'est peut-être simplement cela qui justifie la clémence des juges.

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