Justice

Au procès de l’affaire Semhar, l’attaque de paupières qui dépite le Net

Sarcasmes et moqueries de tout acabit se croisent et se répondent sur les réseaux sociaux suite à un pataquès pour le moins inattendu survenu à Genève: l’endormissement de la juge assesseure, mardi, lors du procès en appel du chauffeur de taxi accusé d’assassinat

A l’ulcération générale, le procès en appel de l’assassin présumé de la petite Semhar en 2012 a été stoppé et reporté ce mardi, car une des sept juges de la Chambre du bout du lac s’y est… endormie. «Quel affront indécent!» s’indigne un lecteur de la Tribune de Genève. «Impardonnable», renchérit un autre, tandis qu’un troisième estime que c’est là «une vraie honte» et que l’intéressée doit être «radiée à vie de toute fonction à l’Etat». Avec force points d’exclamation.

La page Facebook du journal n’est pas en reste. Une internaute y manie l’ironie en écrivant qu’il vaut peut-être mieux, vu la dureté des propos, «dormir plutôt qu’entendre des horreurs».

A lire: le compte rendu du pataquès, par notre chroniqueuse judiciaire, Fati Mansour

Sur le même réseau social, là où a été publié l’article du Temps, il n’y avait pas moins d’une quarantaine de commentaires ce mercredi dans la matinée. Parmi lesquels celui-ci: «Il me semble que le fait d’indiquer» que la juge en question est la belle-mère de Pierre Maudet «n’apporte rien à l’article». Même si cela «explique peut-être la fatigue», comme le dit l’auteure, en empathie avec une femme qui «vit une situation familiale certainement difficile» dans l’affaire qui secoue la République. Les autres interventions tournent majoritairement autour de ce «rapprochement» osé par notre chroniqueuse: «Avocats, notaires et magistrats, nous nous devons d’adopter une attitude irréprochable et ce genre «d’incident» me scandalise! Cela étant, savoir de qui la magistrate est la belle-mère est totalement irrelevant

Sur LeMatin.ch, les internautes hurlent aussi à la genevoiserie, sur un ton excessivement généralisant, en se demandant «combien de fois elle s’est endormie auparavant» et si la justice a de ce fait rempli sa mission. «A-t-elle jugé en connaissance de cause, si elle dort pendant les procès? Une sérieuse remise en question s’impose à Genève avec des politiques qui abusent de leurs privilèges, qui utilisent l’argent du contribuable pour payer leurs frais, qui mentent et maintenant dorment pendant leur travail.»

D’ailleurs, toujours sur Facebook, un internaute s’adresse directement au Prix Genferei pour proposer la candidature de cette magistrate sujette aux attaques de paupières. Son argument? «On oublie trop souvent que Genève, ce n’est pas qu’un gouvernement ou un parlement. C’est aussi une justice et parfois, elle brille de mille éclats pour rester dans la course… sans s’endormir sur ses lauriers.»

Le rappel de l’affaire Fabrice A.

Et sur Twitter? La moquerie, le sarcasme et d’autres plaisanteries de plus ou moins bon goût s’enchevêtrent dans un déluge de commentaires. Parfois éclairants, parfois éclairés. A titre d’exemple, l’ex-rédacteur en chef de la Tribune, @pierreruetschi, juge que cela «ne va pas améliorer l’image de la justice genevoise, à peine remise de la récusation qui a troublé le procès de Fabrice A.», ce qui est aussi la conclusion du Temps.

Mais il y a également ce @Mr_Tschaggatta aux yeux duquel «à Genève, la justice est tellement lente que les juges roupillent en plein procès». Ou @chekdenov, qui trouve cette somnolence «inacceptable dans une affaire aussi tragique». Il la compare à ce qu’il aurait pu voir dans un épisode – pas forcément comique – de «telenovela de la vie politique et judiciaire». Enfin, @Garmadder semble interloquée, elle ne trouve pas ses mots puisqu’elle livre un très bref: «Mais…»

S’il est cependant permis de relativiser la virulence qui s’exprime sur le Net, on dira que ce n’est sans doute pas la première fois qu’un(e) magistrat(e) tombe dans les bras de Morphée. Tout comme certains politiciens ou quidams assommés par des débats qui s’éternisent.

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