Le face-à-face tant attendu a eu lieu. Et il déchire le Brésil en deux. Mercredi à Curitiba, Luiz Inacio Lula da Silva a affronté le juge fédéral Sergio Moro, dans le cadre de l’affaire de corruption liée au scandale Petrobras. Une audience de cinq heures à l’issue de laquelle l’ex-ténor du Parti des travailleurs (PT), ancien président entre 2003 et 2010, s’est dit victime d’une «mascarade» judiciaire. Alors que 20 000 à 50 000 manifestants s’étaient mobilisés dans la ville, en signe de solidarité, les réactions sur Twitter sont plus mitigées. #MoroOrgulhoBrasileiro (Moro, l’orgueil brésilien), #LulaCanalha (Lula la canaille) #AvanteMoro (en avant Moro): les hashtags se multiplient pour réclamer que «justice» soit faite.

Jour J de «Lava Jato»

Le Brésil entier attendait le «jour J de Lava Jato», cette opération anticorruption baptisée «Lavage-express» qui a révélé un vaste réseau de corruption mené par des entreprises du bâtiment pour truquer systématiquement les marchés publics. Sous des huées et des hourras, «le géant de la gauche aux pieds d’argile» comme l’a qualifié France24.com, s’est présenté à un procès hautement politique qui a démarré dans l’Etat du Parana. Filmée et diffusée sur Internet, l’audience a immédiatement suscité une avalanche de réactions sur les réseaux.

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‪Sans surprise, Moro et Lula caracolent en tête de Twitter au Brésil. A eux deux, les patronymes à quatre lettres ont généré plus de 500 000 tweets depuis l’ouverture du procès, régulièrement comparé à une telenovela. «Le Brésil veut la justice!» s’exclame @joaokarmo2015. «Moro, du haut de votre position de débutant, vous devez entendre une chose: Lula n’est rien de moins que le plus grand phénomène politique du pays», rétorque @marinaasolon:

Triplex balnéaire

Accusé notamment d’avoir bénéficié d’un appartement dans la station balnéaire de Guaruja en guise de pot-de-vin, Lula a rejeté la responsabilité sur son épouse, Dona Marisa, décédée en février dernier. «Cette déposition est une honte. Accuser une femme morte, c’est facile non? Lula est menteur et faux», s’indigne encore @Lucianaabreudsi. Certains internautes pointent par ailleurs des failles dans la procédure. «Je veux que Lula aille en prison. Mais ma plainte s’adresse aujourd’hui à l’amateurisme de l’équipe qui souhaite le condamner. Un interrogatoire mal mené et rempli de fautes», déplore @justicasilencio:

Un extrait de la déposition témoigne de la virulence des échanges. «Je vais exiger de vous, quand je pourrai parler, que vous me montriez le document [qui prouve] que l’appartement est le mien. Parce que cela est une preuve. Le reste n’est que du bla-bla», a lancé l’ancien président. Avant d’ajouter: «Je voudrais vous faire savoir une chose: «Si [demain je suis] innocenté, préparez-vous, parce que les attaques contre vous seront beaucoup plus fortes.»

«Il semble clair que Lula n’admettra jamais quelconque erreur, c’est une perte de temps totale que d’insister. Arrêtez-le maintenant!» tonne @Uma_Brasileira. Entre les défenseurs du «père des pauvres» et les partisans du «justicier» Moro, les avis semblent décidément irréconciliables.

Destin politique en jeu

Le sort de l’ex-président, âgé de 71 ans, ne sera pas fixé avant plusieurs semaines. En cas de condamnation, il lui sera impossible de se présenter, comme prévu, à l’élection présidentielle de 2018. Cela serait alors l’ultime étape de la descente aux enfers du leader du PT, incarnation de l’ascension sociale brésilienne. Qu’importe, Lula a déclaré jeudi sur Twitter: «Je me prépare à être à nouveau candidat pour notre pays, je n’ai jamais été aussi déterminé!»

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